1er janvier 2012

En guise de vœux de nouvel an,

à vous,

lecteurs fidèles, nouveaux venus et à venir de P0&PSY,

à vous tous qui avez manifesté votre soutien à Alireza Rôshan,

arbitrairement détenu à Evin, la prison centrale de Téhéran,

en automne 2011,

ces quelques lignes de lui, écrites après sa captivité

et traduites par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser :

 

 

«  Une fois, à Evin, je suis resté du coucher de soleil au lever du jour en compagnie de quelques grains de raisins que je séparais tristement de leur grappe.

Grain après grain – on aurait dit une pauvre mère qui, pensant à son enfant parti, égrenait un chapelet en implorant le pardon divin – je versais les grains dans un verre jetable et je les regardais. Puis, je remplissais le verre avec de l’eau pour les rafraîchir.

Et je marchais, je marchais. Par jour, je parcourais quatorze kilomètres dans trois mètres carrés. J’ai encore les chaussettes que je portais alors et dont la semelle a complètement disparu.

Interrompant ma marche, j’allais changer l’eau pour conserver la fraîcheur dans le verre.

Au milieu de la nuit, je me suis assis sur la couverture de laine dont tous les replis étaient tapissés de longs cheveux féminins, j’ai posé le verre de raisins devant moi et, grain après grain, j’ai mangé l’ami qui avait été mon compagnon une bonne partie du jour.

Et je me suis endormi.

J’ai rêvé que le monde se trouvait submergé par les flots. Le seul endroit encore ferme était une petite dune sur laquelle une fillette se tenait debout. La fillette était très jeune. Et elle pleurait. Je lui ai dit :  » Ne perds espoir que lorsque l’eau dépassera tes yeux « .  » Et ne pleure pas « . Mais l’eau est montée. Plus haut encore que le front de la fillette. Et cette mer infinie qui avait submergé la terre était faite en partie de la chevelure ondoyante de la fillette et en partie de ses larmes.

Je me suis réveillé en sursaut. L’ampoule blanche était allumée, comme elle le fut sans arrêt jusqu’à la fin de mon isolement. »

* * *

(En attendant son jugement, Rôshan a repris son travail de journaliste littéraire, alimentant par ailleurs quotidiennement son blog de textes – poèmes et nouvelles)

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