Une fois n’est pas coutume…

cette page d’accueil ne transmettra pas  aujourd’hui  une annonce ni le compte-rendu d’un événement partagé mais proposera un texte à méditer : une chronique de Kenneth Rexroth, intitulée Contemplation et civilisation, traduite de l’américain par Joël Cornuault pour le n° 63 (1997) de la revue Plein Chant.

Pourquoi ce texte ? pourquoi ici ? pourquoi maintenant ?

Une première réponse, immédiate, aurait à voir avec les projets 2016 de PO&PSY, actuellement bien engagés. Mais… deux révélations suffisent, amis lecteurs vous n’en saurez pas davantage pour l’instant.

La vraie réponse, c’est que lors de ce travail préparatoire, nous avons découvert chez ce personnage littéraire de première importance même si méconnu en France (merci à son traducteur !), une pensée « toute simple » qui pourrait bien nous être d’une urgente utilité…

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… Qu’est-ce qui cimente une civilisation ? À quoi tient la différence entre son développement créatif et sa décadence ? Quel est le fondement qui sous-tend et maintient l’ensemble des activités d’un peuple, stimule et donne forme à cet élément particulier que l’on appelle la culture ? C’est la paix. La paix qui provient de l’habitude de la contemplation. Elle n’est pas, cette paix, connaissance intellectuelle de l’unité des efforts humains, ni une notion philosophique définissant le sens ultime de l’univers. C’est un sentiment intérieur, une qualité de vie permanente, une disposition de l’âme. Elle n’est ni rare ni difficile à atteindre. N’importe qui peut la ressentir par instants, depuis sa prime enfance, bien que de moins en moins souvent par la suite si un bon accueil ne lui est pas réservé. On peut y accéder, l’exercer, la cultiver, jusqu’à ce qu’elle devienne une habitude parmi les acquis de la vie quotidienne. Sans cette paix, la vie n’est que turbulence dont, à la fin, tout sens, voire toute intensité de sentiment, disparaissent dans l’ennui et le désordre.

Les gens se battent pour atteindre leurs objectifs ; pour obtenir une reconnaissance ; pour gagner de l’argent ; pour rencontrer l’amour – millions de petites charges électriques de possessivité déferlant à travers un immense champ dynamique. Quelle force maintient l’ensemble, sinon cette paix intérieure dans laquelle se résolvent les tensions engendrées par la soif de posséder ? Tout est désordre aux yeux du désordonné. Aux yeux du vorace, l’homme est un loup pour l’homme. Pour le futile, la vie apparaît absurde. Elle n’a pas de sens résumable dans une équation mathématique, pas d’ordre doté d’une conclusion logiquement démontrable. L’existence ne peut être « prouvée ». La réponse est du domaine de la création. À sa source se trouve l’habitude tranquille de s’ouvrir à une harmonie qui dépasse l’individu, le contient et le comble à la fois.

Lorsque cette réponse créative et le sentiment d’homogénéité des phénomènes vivants qu’elle implique sont largement répandus à l’intérieur d’une société, on peut parler de culture ou de civilisation. La société vit et se développe. S’ils déclinent, c’est la société qui dépérit. Lorsqu’ils sont morts, la société les accompagne, bien qu’elle puisse perdurer, massive, stérile, arrogante comme une momie dorée pendant des siècles, ou bien ne plus être qu’une expression géographique de la misère et du chaos.

(13 septembre 1965)

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