Le vent l’a emporté…

affiche A3 - kiarostami

5 juillet 2016

je voulais planter une fleur

il y avait la fleur

il y avait moi

il n’y avait pas de terre

*

je voulais planter une fleur

il avait de la terre

il y avait moi

il n’y avait pas de fleur

*

un jour pas si lointain

il y aura la fleur

il y aura de la terre

il n’y aura pas moi

* * *

« Oui… la nouvelle était courte et amère, trop amère… Notre cher « mehrban » Kiarostami est décédé aujourd’hui à Paris…
 Il ne goûtera plus les cerises de l’été prochain… »

C’est ainsi qu’Amin Kamranzadeh (qui travaille, avec Franck Merger, à une version française du recueil Saadi / Kiarostami, à paraître prochainement dans po&psy) nous apprenait, tôt ce matin, qu’Abbas Kiarostami nous avait quittés.

* * *

Christian Saint Paul, qui anime l’émission hebdomadaire Les poètes sur Radio Occitania, communique :

Abbas KIAROSTAMI vient de disparaître.

Nous avions consacré une émission à l’auteur des poèmes  « des milliers d’arbres solitaires » publiés aux éditions érès Po&Psy,  le jeudi 27 novembre 2014.

Vous pouvez écouter cette émission toujours sur notre site en cliquant sur :

http://les-poetes.fr/son/son%20emision/2014/141127.wma

* * *

Et Danièle Faugeras, invitée d’Urgence poésie Lodève, se propose de rendre hommage à ce grand artiste et poète, qui a enchanté le public de la dernière édition (2014) des Voix de la Méditerrannée (dont il fut le grand invité à l’occasion de la parution par nos soins de son œuvre poétique complète : Des milliers d’arbres solitaires.)

 

un obscur poète

dans un hameau perdu

a décrété cette année

année de la poésie

*

les étalagistes

étalaient des poèmes

*

le vent

a dérobé

un hémistiche

sur le fil d’étendage du voisin

*

les amoureux indigents

dans l’obscurité de la nuit

hors de la vue des patrouilles

ont diffusé des tracts de poésie

*

etc.

* * *

Souvenir 1 (sans photo) :

Intervention de po&psy à l’École Supérieure de Langues Modernes pour Traducteurs et Interprètes de l’université de Trieste – vendredi 16 avril 2011 – avec la participation de Pascale Janot directrice de collection et enseignante à l’université de Trieste, Riccardo Zipoli, photographe, traducteur de l’édition italienne des poèmes d’Abbas Kiarostami, Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser, traducteurs de Havres, (po&psy 2010), Danièle Faugeras, directrice de collection et poète, Marie-Françoise Sacrispeyre, éditrice érès, les étudiants et professeurs du SSLMIT.

 

Thème :

Rencontres autour de l’œuvre du poète, cinéaste et photographe Abbas Kiarostami ; à partir de poèmes et de l’analyse du visionnement du film Le vent nous emportera.

 

Bribes :

« Si derrière tout réalisateur européen on peut voir un peintre, derrière un réalisateur persan, on trouve un poète ou même un conteur. La poésie représente pour nous l’essence de l’art traditionnel. » (AK)

*

« La poésie est une création de l’esprit à laquelle on peut donner vie dans les conditions les plus simples et dans les circonstances les plus élémentaires. Il s’agit d’un récit qui a pour unique acteur le poète et qui ne demande aucun instrument ou support. Pour photographier, comme on sait, il faut un appareil photo et des conditions de lumière particulières. Écrire de vers consiste au contraire à combiner les mots à l’intérieur de l’esprit dans la plus totale indépendance et immédiateté. » (AK)

*

« Un bon spectateur sait lire dans le marc de café : il y trouve des formes et peut faire marcher son imagination. À partir de là, il peut même créer sa propre histoire. Il est le roi… » (AK)

*

« Il m’arrive de penser : comment faire un film où je ne dirais rien ? Si des images peuvent donner une telle force à l’autre pour les interpréter et tirer un sens que je ne soupçonnais pas, alors il vaut mieux ne rien dire et laisser le spectateur tout imaginer. Quand on raconte une histoire, on ne raconte qu’une histoire et chaque spectateur, avec sa propre capacité d’imagination, entend une histoire. Mais quand on ne dit rien, c’est comme si on disait une multitude de choses. » (AK)

*

« Pourquoi la lecture d’un poème excite-t-elle notre imagination et nous invite-t-elle à participer à son achèvement ? Les poèmes sont sans doute créés pour atteindre une unité malgré leur inachèvement. Quand mon imagination s’y mêle, le poème devient le mien. Le poème ne raconte jamais une histoire, il donne une série d’images. Si j’ai une représentation de ces images dans ma mémoire, si j’en possède les codes, je peux accéder à son mystère. L’incompréhension fait partie de l’essence de la poésie. » (AK)

*

« En montrant trop on ne montre plus rien, c’est pourquoi le spectateur est démuni en quittant la salle. On s’est habitué à comprendre en interrogeant. Dès qu’on s’interroge, on a l’impression de ne pas avoir compris. Alors qu’on peut reconnaître au son, on peut apprécier à travers une ombre. À travers une fenêtre, nous pouvons deviner la vie d’une famille. Notre seule force est d’avoir cette fenêtre. Tout spectateur dispose du même imaginaire. Nous devons croire à l’intelligence du spectateur, qui peut découvrir par lui-même. (…) L’imagination peut aider à voir, à avoir une vision plus ouverte. Ainsi chacun peut avoir une vision différente de celle de l’autre. Par des signes, je peux créer une image pour chaque spectateur : « Devine ! Je te montre des signes, à toi de deviner le reste. » C’est quoi ? C’est le respect que le spectateur se doit quand il se rappelle combien il peut imaginer, combien il peut apprécier à travers son imaginaire. » (AK)

*

« Une image ne représente pas, ne se donne pas en représentation, mais annonce sa présence, invite le spectateur à la découvrir. « (AK)

*

« Dans ses poèmes, Abbas Kiarostami reste enraciné au niveau quotidien et concret des descriptions. Son approche est une approche laïque et terrienne. (…) Son intérêt est pour la vie en soi et pour soi et non pour ce que celle-ci peut représenter. (…) Il se limite, comme dans son cinéma, à présenter en invitant plutôt le spectateur, au moyen de techniques variées et spécifiques, à une réflexion sur ce qui est montré. » (Riccardo Zipoli)

*

Et pour finir…

Transcription de l’avant-dernière scène du film Le vent nous emportera, qui cite un poème de Omar Kayyam jeté au vent, depuis une mobylette traversant un champ de blé, par un médecin de campagne qui vient de visiter une vieille femme :

– (B) Vous disiez , docteur ? Qu’est-ce qu’elle a ?

– (Doc) Elle n’a rien, que la vieillesse et la faiblesse. Ce n’est qu’un tas d’os, et elle ne va pas tellement bien.

– (B) La vieillesse est une mauvaise maladie.

– (Doc) Oui, mais il y a pire que ça. La mort…

– (B) La mort ?

– (Doc) Oui, la mort est le pire. Lorsqu’on ferme les yeux sur ce monde, cette beauté, cette belle nature et l’abondance de Dieu, c’est pour ne plus revenir…

– (B) On dit que l’autre monde est plus beau que celui-ci.

– (Doc) Mais qui est revenu de là-bas pour dire s’il est beau ou non ?

« On me dit qu’elle est belle comme une houri des cieux !

Je me dis, moi, que le jus de la treille vaut mieux.

Préfère le présent à ces bonnes promesses.

C’est de loin qu’un tambour paraît mélodieux. »

* * *

Souvenir 2 (seulement photos)

Lodève, Festival « Voix de la Méditerranée » 2014 : Abbas Kiarostami, grand invité.

Avec la participation d’Ahmad Karimi-Hakkak, spécialiste de littérature persane, et de Massoumeh Lahidji, interprète.

DSCN7353

DSCN0230

Abbas Kiarostami avec Massoumeh Lahidji, son interprète

DSCN0297Avec deux des traducteurs de Des milliers d’arbres solitaires, Franck Merger et Niloufar Sadighi.

DSCN0264

Abbas dédicaçant son livre à Alexandre Hollan. Une histoire d’arbres…

DSCN7371

* * *

aujourd’hui

est le fruit d’hier

et demain

le fruit d’aujourd’hui

le fruit de la vie

c’est la mort et la mort

est fructueuse

* * *

(poèmes extraits de « 7 heures moins 7  » (traduits du persan par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser), dans Abbas Kiarostami, Des milliers d’arbres solitaires, po&psy 2014)

**********************************************************

Kiarostami1

 

 

 

 

Cerf-volant de Marie-Cécile Fauvin avec un poème d'Abbas Kiarostami
Cerf-volant de Marie-Cécile Fauvin avec un poème d’Abbas Kiarostami

**********************************************************

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s