Alexandre HOLLAN, ramifications d’une œuvre faite arbre

 

Arts plastiques – Lodève

L’exposition « Questions aux arbres d’ici » explore en 80 œuvres, trente ans du travail singulier d’Alexandre Hollan, peintre d’origine hongroise.

« Après de longues errances, j’ai trouvé ce lieu en Languedoc... », glisse Alexandre Hollan. Vêtu de denim, le peintre né en 1933 à Budapest, réfugié politique en France en 1956, a le regard d’azur et le cheveu de neige. Le parler clair, posé. Ses origines d’Europe de l’Est donnent à ses mots une couleur. Une musique.

Ce jour-là, il accompagne les journalistes dans l’exposition* lodévoise. Directrice du musée de Lodève, Ivonne Papin-Drastik a donné carte blanche à l’artiste.

Formé auprès du peintre Belà à partir de 1950, Alexandre Hollan a travaillé à l’Atelier de décor de Budapest avant d’être formé aux Beaux-Arts de Paris puis aux Arts Déco. Depuis les années 1970, la figure de l’arbre occupe presque entièrement son travail pictural.

À Lodève, en 80 œuvres, Alexandre Hollan emmène le visiteur dans ses conversations silencieuses avec ses « arbres amis« . Le Buisson tournant au Bosc Viel, suggéré d’un crayon de fusain comme ouaté. Le grand chêne qu’il a baptisé Le Déchêné, charpente puissante et mouvante d’un noir corbeau, campée avec la force « sévère » de l’acrylique. Ou encore Le chêne dansant, près de Gignac, tracé « en couleur qui est une nourriture pour le sentiment. » Depuis son mazet, acquis en 1984 à Gignac (Hérault), il les visite, chaque été, depuis plus de trente ans. Alexandre Hollan nous transporte, avec ses œuvres, loin dans le domaine de la perception.

« Ce n’est pas moi qui choisis les arbres, ce sont les arbres qui me choisissent« , dit-il. Une phrase que ne peuvent prononcer qu’un artiste ou un poète. Alexandre Hollan incarne les deux. « La plupart du temps, quand je me promène, je suis en train de penser à mille choses, et tout d’un coup, un arbre est ressenti. Quelque chose frémit« , relate-t-il. « Entre l’arbre et moi, il n’y a pas de mots. L’arbre parle par le silence. Je dois rester silencieux quand je commence à dialoguer avec l’arbre. » Face à cet autre être vivant « où la vie passe comme dans un torrent ou dans les nuages« , le peintre fait par exemple l’expérience du mouvement. « Si je sais voir vers où va l’énergie dans l’arbre, alors l’arbre me renvoie une énergie neuve, qui peut prendre la forme d’un dessin. Il peut se répandre lentement dans le corps du dessin, le faire durer, l’habiter. » Très souvent, ce peintre sur le motif qu’est Alexandre Hollan flirte avec l’abstraction.

Dans la salle claire et voûtée du Cellier des Évêques, il fait halte devant un dessin et sourit avec tendresse comme on le fait devant l’image d’un être cher. « C’est un très vieil arbre, que je dessine très souvent, au coucher du soleil. Je dessine beaucoup plus sa présence que la partie visible. Cette sorte de tranquillité qui remplit cet endroit merveilleux. C’est vraiment l’expérience du silence visible. »

Trois arbres ou un seul ? interroge une autre section de l’expo. Par le dessin, l’artiste répond : trois arbres et un seul. De « la beauté plastique de l’arbre » au « mouvement qui vient résumer l’essentiel« . Au travers de ce dialogue avec les arbres, Alexandre Hollan reconnaît qu’il dialogue aussi peut-être avec lui-même. « Parce que je crois qu’il y a en nous une autre nature, une autre vie silencieuse avec laquelle on est rarement en contact, et l’arbre est pour moi une sorte de porte vers ce monde. »

La rencontre avec Alexandre Hollan restera un moment unique. Son œuvre un écho magique à une sensibilité hors du commun.

Catherine Vingtrinier

 

* Jusqu’au 6 novembre au Cellier des Évêques. Ouvert du mardi au dimanche. Entrée : 4,50 €, réduit : 3 €. Tel : 04 67 88 86 10.

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