Abbas KIAROSTAMI, auteur

Kiarostami-port

 

 

« Pourquoi la lecture d’un poème excite-telle notre imagination et nous invite-t-elle à participer à son achèvement ? Les poèmes sont sans doute créés pour atteindre une unité malgré leur inachèvement. Quand mon imagination s’y mêle, le poème devient le mien. Le poème ne raconte jamais une histoire, il donne une série d’images. Si j’ai une représentation de ces images dans ma mémoire, si j’en possède les codes, je peux accéder à son mystère. L’incompréhension fait partie de l’essence de la poésie. […] Une image ne représente pas, ne se donne pas en représentation mais annonce sa présence, invite le spectateur – le lecteur – à la découvrir. » (Abbas Kiarostami)

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Abbas Kiarostami est né à Téhéran en 1940. Réalisateur, scénariste et producteur de cinéma, il a signé plus de 40 films, parmi lesquels : Où est la maison de mon ami (1987), Close-up (1990), Et la vie continue (1991), Au travers des oliviers (1994), Le goût de la cerise (1997- Palme d’or du Festival de Cannes), Le vent nous emportera (1999- prix de de la Mostra de Venise), Ten (2002). C’est aussi un photographe reconnu, dont les œuvres sont exposées dans le monde entier.

« Être à la fois cinéaste, photographe, poète… Tout ça, ce sont des motivations pour vivre, pour faire chaque jour quelque chose, que ce soit du cinéma, de la photo ou de la poésie. Ce n’est pas un choix, c’est une fatalité. »

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Toute l’oeuvre d’Abbas Kiarostami est tendue vers le retrait et l’épure : soustraire pour mieux montrer, s’abstraire de la contrainte de la narration pour inventer des formes d’écriture en résonance plus grande avec la nature, qu’il associe au sacré dans la droite ligne des poètes et des peintres persans.

Cette oeuvre – et ce n’est pas étonnant de la part d’un cinéaste – invite d’abord au regard ; elle nous pousse à imaginer, au sens premier, une série d’instants qui sont pure présence au monde, instants suggérés plutôt que décrits où le lecteur est chargé de donner corps et matière aux images, d’achever le tableau. Les sentiments sont ténus, épurés, dénués de tout pathos, éloignés du lyrisme de la tradition classique persane.

Nulle préoccupation métaphysique, nulle transcendance dans ces recueils de haïkus laïques où se dessine une sorte de réalisme idéalisé.

Ne citant la poésie traditionnelle que pour mieux la détourner, Kiarostami crée une oeuvre moderne et iconoclaste, qui a en commun avec le haïku l’image saisie au vol, l’instant fixé dans une fraction de seconde, comme sous l’objectif du photographe. La mélancolie chère à la tradition persane ne trouve ici nulle consolation : aucun plaisir terrestre ne vient combler le vide de l’existence, comme chez Khayyam et nulle flamme mystique n’offre de sublimation aux aléas de l’existence, comme chez Attar ou Rûmi.

Reste la poésie elle-même, l’image nue, dénuée de toute facilité, de tout attrait tapageur.

Kiarostami invite le lecteur à une forme d’ascèse esthétique qui lui fera toucher la beauté dans son extrême dénuement.

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Le Saadi de Kiarostami

La rencontre de ces deux grands noms de la culture iranienne séparés par plus de sept
siècles peut paraître surprenante. Quel rapport entre le grand poète humaniste du XIIIe siècle et le photographe et cinéaste avant-gardiste ?
On ignore souvent qu’Abbas Kiarostami, comme bon nombre d’Iraniens, est un lecteur assidu de poésie et qu’il a lui-même écrit et publié des poèmes tout au long de sa vie. Le
lecteur français peut lire l’ensemble de cette poésie en version bilingue persan/français
dans le volume de cette même collection paru en 2014 sous le titre Des milliers d’arbres
solitaires.

Fin connaisseur de la poésie de son pays, Kiarostami s’est livré, à plusieurs reprises,
à un travail d’anthologie original à partir de l’œuvre d’un auteur du panthéon classique
ou contemporain : Rûmi, Saadi, Nima Yushij entre autres.
C’est ainsi qu’il publie en 2007 son Faryâd, en puisant dans l’œuvre de Saadi des vers ou des distiques qu’il dispose de manière personnelle sur la page, et qu’il rassemble en un recueil de poèmes brefs dont la forme fait écho à sa propre poésie, proche du haïku.
Dans cette relecture de Saadi par Kiarostami, l’humour narquois, les jeux verbaux, le
travail rythmique, sont partout présents. Le geste poétique de Kiarostami est à la fois
anthologique et typographique. La poésie de Saadi se transforme alors en poèmes de
Kiarostami. À travers ce recueil apparaît un sujet poétique tout à la fois enclin au concret, moraliste au vrai sens du terme, amoureux et anticlérical.
Les traducteurs

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