Hanne BRAMNESS, auteure

 

Née le 3 avril 1959, Hanne Bramness figure parmi les poètes norvégiens les plus importants de sa génération. Après un séjour en Angleterre dans les années quatre-vingt, elle vit à présent entre la Norvège et Berlin avec son mari, l’écrivain Lars Amund Vaage.

Son premier recueil de poèmes, Korrespondanse, publié en 1983, sera suivi d’une œuvre extrêmement riche, puisque sa bibliographie comprend également des recueils et des romans pour la jeunesse, ainsi que de nombreuses traductions d’auteurs divers (Sylvia Plath, Denise Levertov, Selima Hill, William Blake, l’Indienne Kamala Das, l’Estonienne Marie Under, sans compter plusieurs recueils de poèmes japonais et chinois du passé).

*

PARMI SES RECUEILS DE POÈMES :

Korrespondanse, 1983

I sin tid (« Dans ce temps-là »), 1986

Nattens Kontinent (« Le Continent de la nuit »), 1992

Revolusjonselegier (« Elégies de la révolution »), 1996

Regnet i Buenos Ayres (« la Pluie à Buenos Ayres »), 2002

Salt på øyet (« Du sel dans les yeux »), 2006

Blomsterstykker (« Pièces florales »), 2008

Uten film i kameraet (« Sans film dans l’appareil »), 2010

Solfinger (« Le doigt du soleil »), poèmes pour enfants illustrés par Laurie Clark, 2012

Skogen i hjartet (« Au cœur de la forêt»), poèmes pour enfants illustrés par Laurie Clark, 2013

Vekta av lyset (« Le poids de la lumière »), 2013

Vintersong (« Chant d’hiver »), poèmes pour la jeunesse illustrés par Laurie Clark, 2014

Den ukjente (« L’inconnue »), poèmes reconstitués d’après un carnet abandonné dans un hôpital psychiatrique, avec poèmes en répons et essai, 2015

Fra håpets historie (« Fragments d’espoir »), 2017

*

Hanne Bramness a obtenu les PRIX les plus importants du monde littéraire nordique :

– 1996 : Prix du Club norvégien de poésie (Bokklubbens lyrikkpris) pour ses traductions

– 2006 : Prix Dobloug (Doblougspris)

– 2012 : Prix Wergeland (Wergelands åre)

– 2014 : Språklig samlings litteraturpris

– 2016 : Diktartavla

 

* * *

Après avoir publié Le blues du coquillage dans la collection princeps en 2013, PO&PSY éditera en 2018, en version bilingue la quasi intégralité de l’œuvre d’Hanne Bramness   sous le titre Le poids de la lumière – poèmes 1983-2017.

La lumière, le « poids de la lumière » : c’est la nourriture même de toute l’œuvre de Hanne Bramness. Beauté fatale de cette lumière, qu’elle soit reçue par l’œil ou émise par lui, violence d’une illumination, cruauté d’un regard ou abnégation insoupçonnée d’un veilleur. De Korrespondanse, premiers textes publiés par une toute jeune femme, aux Fragments d’espoir réunis dans son ouvrage le plus récent, les recueils ont mûri dans un univers essentiellement visuel, où la lumière semble engagée dans un corps à corps avec des visions tour à tour douloureuses, drolatiques ou dangereuses que la poésie restitue sans merci. La syntaxe est généralement simple, malgré une versification qui tend à se dissoudre dans les rythmes de cette « solitude en mouvement ». La syntaxe est généralement simple, malgré une versification qui tend à se dissoudre dans les rythmes de cette « solitude en mouvement ». Bribes de réalité, présences irréelles, affrontements des mondes physiques et métaphysiques se succèdent en d’imprévisibles fondus-enchaînés où les lignes dérapent. Qu’il s’agisse de strophes répandues sur la page comme des runes prophétiques ou de solides poèmes en prose ancrés dans la narration du présent, la typographie se laisse surprendre une émotivité invincible, refuse souvent la virgule ou le point final convenus pour laisser béants les blancs de la page comme autant de sources de miroitements.

* * *

PRÉSENTATION DES RECUEILS COMPOSANT LE POIDS DE LA LUMIÈRE, par Anne-Marie Soulier :

KORRESPONDANSE / « CORRESPONDANCES » (1983)

Missives brèves d’une toute jeune femme à un « tu » dont l’absence est encore une proximité qui fait mal, mais aussi, avec lui, grâce à lui, découverte passionnée des affinités secrètes entre l’écriture et les arts, les pays, les saisons : bien que le titre original soit au singulier, nous avons préféré signaler d’emblée les correspondances multiples qui font de ce recueil-filigrane un texte extraordinairement riche en réverbérations.

Extrait :   

Derrière le gris de la vitre
la lumière obstinée dans la pluie
sa touche claire

sombres promptes parts
sont le rythme qui narre

je m’éloigne
me dis-je
m’éloigne de cette grande lumière qui éteint
vers les obscures particules
qui sont les miennes

*

I SIN TID / « DANS CE TEMPS-LÀ » (1986)

À la suite des épopées orales des grands scaldes, l’auteure exhorte, invective, raconte, recoud un temps que nous n’appréhendons qu’en lambeaux. Tous les thèmes et les mots-clefs de son œuvre future germent déjà dans ce recueil ambitieux où le vœu de poésie tente constamment de dépasser le chaos des corps-à-corps entre ombre et lumière, mémoire et visions, entre la glace des étoiles et le sang de notre condition terrestre.

Extrait :

Ce siècle de déclarations de paix
        en signe de passage
                                   se dessinent de nouvelles cartes
        se fixent de nouvelles frontières

pour quelle image du monde ?
                                     des êtres s’arrachent
        à leurs foyers
        s’engagent sur une route
                                                     hors de l’histoire qui se réécrit
les lois s’ajustent

au retour ils ne rencontrent
rien : du soleil aux vitres des fenêtres
         dans des maisons bâties
                                     sur le sol inébranlable de l’oubli

*

NATTENS KONTINENT / « LE CONTINENT DE LA NUIT » (1992)

Que voit celui qui veille ? À quoi renonce-t-il ? Sous la fragilité des paupières, on devine une maternité inquiète qui espère le jour autant qu’elle le redoute. Les textes semblent avoir mûri dans un univers très lointain dont la mémoire interroge sans merci les visions fantastiques tout en le nourrissant de ses propres hantises. Peu de ponctuation, de majuscules, de repères : la même pudeur est requise pour s’inviter dans ces phrases parfois tout juste allusives, comme des pensées à la dérive dans un temps toujours incertain.

Extrait :

Celui qui veille ne voit pas l’entrée
de la nuit, une rupture
dans l’histoire, une étoile
l’étoile dans le sommeil, dans le souffle, exactement
hors de portée

 

Tu m’as montré l’oubli
tu as mené la barque dans le contre-jour
de l’autre côté du fjord, tu as guidé
le vent dans la nuit, l’as libéré de la forêt,
tu as détourné la pluie, tu as effacé
la pluie

*

REVOLUSJONESELEGIER / « ÉLÉGIES DE LA RÉVOLUTION » (1996)

Révolution essentiellement intérieure, où bribes de réalité et présences irréelles se succèdent en d’imprévisibles retournements. La versification semble d’abord étonnamment régulière, avec ses enchaînements de strophes où frémissent pourtant çà et là des silences, des abandons de page, les soupirs d’une solitude en mouvement ; mais sous l’œil du lecteur les lignes ne tardent pas à déraper, la typographie semble céder à une émotivité invincible, les invectives contre le temps, le mot, la douleur reviennent rythmer une quête éperdue de lucidité.

Extrait :

Mot, sous ton voile, la pluie est éconduite
et l’œil a dû se rendre à ta
lucidité

on a combattu pour l’histoire, pour le soleil
et la lune, vainqueur celui qui libéra les ombres
de l’âme

planent alors les rêves dans la sphère des rêves
et la pluie est retournée
à elle-même

*

REGNET I BUENOS AIRES / « LA PLUIE À BUENOS AIRES » (2002)

Il est ici très peu question de Buenos Aires, mais beaucoup de pluie et d’eau, comme si les gouttes d’une pluie bienveillante s’étaient emparées de la ville pour la diffracter en une multitude d’images irisées, fugitives plutôt qu’évasives, plus contemplatives que mélancoliques. « La santé c’est le retour des images », écrivait Virginia Woolf. De fait, dans les toutes dernières lignes, Buenos Aires apparaît soudain, résumée dans le nom de l’un de ses quartiers, La Boca – « la bouche » – comme pour inaugurer une célébration de la parole humaine.

Extrait :

Temps, toi qui soulèves les croûtes des blessures, les
disperses comme neige, temps qui erres dans
la chambre d’écho des ventricules – son grave,
réponse. Temps qui es îles dans le sang,
courants et fange froide, mouvement de
la vase dans la spirale de l’eau.

*

SALT PÅ ØYET / « DU SEL DANS L’ŒIL » (2006)

Monde sensible et univers métaphysique n’en finissent pas de s’étonner de la précarité de leurs frontières. L’œil est bien l’organe fragile et vulnérable de la vue, mais aussi appareil optique, paysage en soi, cosmos pénétrable où la mémoire et l’oubli, le visible et l’invisible, la lumière et le son échangent leurs fréquences trompeuses. Ces désarrois mettent en péril jusqu’à la ponctuation : les textes dépourvus de point final restent en suspens, leur sens glisse d’une ligne à l’autre, l’incongru d’une majuscule soudaine invite le lecteur à scruter ses propres turbulences.

Extrait :

VISION

Après l’avoir lâchée il peut encore la balloter
la bercer
comme si elle flottait sur le dos dans son humeur aqueuse
qui fait monter, monter son corps vers la lumière, et
en la baignant dans son regard il permet à son ombre
bleue de survoler l’abîme

*

BLOMSTERSTYKKER / « PIÈCES FLORALES » (2008)

Cœur amoureux blessé par une flèche, lupin sentinelle du temps, rose rouge comme la bouche d’un enfant rêveur, douze fleurs pour la contemplation.

Extrait :

L’iris

Surgi dans la pensée
droit et svelte, presque abstrait
mais non parfait
car perfection n’est pas beauté
Cet œil bleu nuit
signé de jaune

*

SOLFINGER / « LE DOIGT DU SOLEIL » (2012) – Poèmes pour les enfants

Il s’agit de la traduction complète du recueil de comptines « pour petits et grands » dont PO&PSY avait publié une sélection en 2013 dans sa collection princeps sous le titre « LE BLUES DU COQUILLAGE ». Avec également tous les dessins de Laurie Clark, qui donnent la clef de chaque énigme !

Extrait :

MÉTAMORPHOSES

J’ai ressemblé à un coin d’image sans image,

à une étiquette de valise sans nom dessus,

j’ai ressemblé à un bouton tombé par terre sous la pluie.

Maintenant je ressemble à un peigne qui sourit.

*

SKOGEN I HJARTET / « AU CŒUR DE LA FORÊT » (2013) – Poèmes pour les enfants

Entre l’étang qui scintille au soleil printanier et la clairière baignée par la lune d’automne, la vie palpitante des grenouilles au cœur de la forêt. Dans ce nouvel album pour jeunes lecteurs, écrit comme Le Blues du coquillage dans le dialecte des fjords de l’ouest norvégien, Hanne Bramness développe avec humour des variations apaisées sur la beauté de toute vie.

Extrait :

Quand rampe le serpent sournois
la grenouille vire au vert

comme la feuille où elle vogue
sans crainte, au rythme du monde

*

VEKTA AV LYSET /  « LE POIDS DE LA LUMIÈRE » (2013)

Le travail de Hanne Bramness tend ici de plus en plus vers la méditation narrative, sans pour autant renoncer à la variété des formes. Plus que jamais l’optique et la métaphysique partagent leurs enjeux, le regard se déplace dans l’espace et le temps, questionne la lumière, s’approprie la vision des insectes, infiltre le spectre sonore, s’injecte dans les autres sources de sensations. La myopie déclarée du dernier texte déploie en fait la vision élargie d’une mémoire en marche vacillante entre deux espaces également béants, l’archaïque et le présent, l’être-ici et l’horizon.

Extrait :

LE LYS DOUBLE

1

Le lys s’appuie nonchalamment contre le mur crasseux où
agenouillée la main en avant
elle tâche de s’abriter du regard perçant du soleil
Tête blanche emplie à ras bord de lumière, tenue droite par
le cou robuste

2

Il cueille un lys crémeux et l’allonge sur l’eau
elle veut qu’il l’allonge sur l’eau elle aussi
qu’il la promène en cercles, la berce çà et là
et si elle sombrait, la repêche à l’aide
d’un seul doigt

*

VINTERSONG / « CHANT D’HIVER » (2014) – Un livre autour de décembre pour jeunes lecteurs

Chaque jour de décembre un double diptyque vient célébrer la marche de l’hiver vers la fin de l’année. Écrites à l’origine pour un jeune public, ces strophes ont été mises en musique par le compositeur Knut Vaage, et l’œuvre donnée en création mondiale lors du festival du Hardanger en juin 2017.

Extrait :

13 décembre

Un matin la lune est pleine.
Tu t’habilles tout en blanc.

Dans le clair de lune
tu luis par toi-même.

 

14 décembre

Cernés par l’obscurité
nous verrons dans le noir

en regardant entre les doigts
de quelqu’un d’autre.

*

FRA HÅPETS HISTORIE / FRAGMENTS D’ESPOIR (2017)

L’espoir a une histoire aussi longue, une vigueur aussi décisive que les tragédies qui viennent endeuiller nos existences et condamner nos certitudes à l’amertume et à l’oubli. La conscience d’une humanité commune, la confiance dans l’au-delà des apparences, la vigueur de l’invisible lorsqu’il est éclairé par un regard curieux : ces thèmes récurrents dans l’œuvre de l’auteure sont autant d’attitudes propices à une épiphanie soudaine. Le recueil se clôt sur une ronde de dix-sept variations jubilatoires autour d’un humble verre d’eau, quasi invisible dans sa transparence, et pour cela même capable de capter et de réfléchir autant d’états de la lumière.

Extrait :

COUP D’ŒIL

Tu vas dans le parc où déborde la lumière du matin
à l’heure où l’ombre des papillons vacille encore
avant qu’on puisse voir le blanc de l’œil du soleil et le miroir de la rivière

n’a pas encore chauffé l’air jusqu’à le rendre irrespirable.
Tu croises souvent quelqu’un d’autre, une femme de ton
âge. Elle tourne vers toi son visage mince

et dans l’échange de vos regards tu perçois qui
elle fut avant de savoir qu’elle viendrait là,
tu entrevois toutes celles qu’elle aurait pu devenir.

************************************************************************

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s