BLOG d’Alain Freixe, www.lapoesieetsesentours.blogspirit.com, mai 2013

 

On connaissait le cinéaste iranien aux quelque quarante films –palme d’or du festival de Cannes en 1997 avec Le goût de la cerise et , deux ans plus tard, le Lion d’or de la Mostra de Venise avec Le vent nous emportera – on avait bien noté qu’il était également photographe…et peut-être un peu oublié qu’il était aussi poète. Danièle Faugeras et Pascale Janot qui dirigent po&psy, « petite collection de poésie », aux éditions Erès (Toulouse, www.edition-eres.com), ont eu la belle idée de regrouper et de publier dans leur collection « po&psy in extenso » l’ensemble des textes d’Abbas Kiarostami déjà parus en France – Avec le vent, P.O.L, 2002 ; Un loup aux aguets, La table ronde, 2008 ; Havres, po&psy, 2012 – augmenté d’un inédit, sept heures moins sept le tout traduit du persan d’une part, par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser et, d’autre part, par Niloufar Sadighi et Franck Merger. Les illustrations sont des reproductions de collages de Mehdi Moutashar.

Si du cinéaste, il a l’instantané, du photographe, il a le cadrage. Il s’agit de poèmes courts – « formes brèves » conviendrait mieux. Ici, ce sont des évidences que l’on rencontre, des présences qui passent. Ce sont des précipités de sensations, perceptions, pensées… des saisies d’oiseleur. Abbas Kiarostami sait se garder léger, il ne chantourne pas ses notations. Nous avons donc à faire avec des poèmes minimalistes : moins de mots, plus d’intensité. L’art du bref est difficile. On parle toujours très généralement du haïku pour l’orient et de l’épigramme pour l’occident. Dans tous les cas, et quelles que soient les spécificités de chacune de ces deux formes poétiques, un art du moins dire pour mobiliser l’attention et susciter un élan de la pensée. À la brièveté du Haïku, Abbas Kiarostami ajoute souvent l’art de la pointe, de la pique de l’épigramme. On a là à faire à un art du peu de mots, mots court-circuits tels qu’ils viennent déconnecter notre esprit de ses stéréotypes où il est établi comme à demeure, anesthésié, au chaud, sourd et aveugle. Poèmes d’éveil donc où l’on voit les choses apparemment les plus humbles, banales, quotidiennes, devenir des clefs rejetant loin l’horizon qui semblait les limiter. Rien de tel contre la pâleur des jours !

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