Ernst JANDL, façon de parler

 

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Ernst JANDL (Vienne 1925 – 2000) débute sa vie d’adulte dans la guerre : appelé au front à 18 ans, en 1943, il se constitue d’emblée prisonnier des troupes américaines. À sa libération, en 1949, il étudie l’allemand et l’anglais, qu’il enseignera par la suite, et entre en poésie, fortement influencé par les expérimentations du Groupe de Vienne. À partir de 1956, il abandonne les poèmes réalistes pour « avancer sur terrain non balisé (…), ce qui veut dire que toutes les méthodes pour construire, à partir de la langue, une œuvre d’art vont être essayées, abandonnées, et de nouveau essayées ».

« Littérature de résistance, l’œuvre de Ernst Jandl est pour son auteur une « réalisation de liberté ». L’esthétique, intrinsèque aux textes littéraires, y est toujours liée à l’aspect politique, qui ne peut être rendu qu’à travers un travail sur la langue. C’est la radicalité de la forme qui s’affirme en radicalité sociale et donc politique. Pour Jandl, les textes ne déploient tout leur potentiel critique que s’ils sont écrits dans une forme novatrice. Il faut jouer de toutes les possibilités de la langue – Jandl parle de Manipulation mit dem Sprachmaterial, qui permet de rendre compte de sa composition/construction et donc aussi de sa contamination par des automatismes et des phrases toutes faites. La confrontation de matériaux hétérogènes provoque des réactions fortes et le travail sur la lettre permet de rendre visible l’invisible. » (d’après Elisabeth Kargl, Ernst Jandl : travail langagier et mémoire politique, Germanica, 42)

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extraits

 

REDENSART ( FAÇON DE PARLER )

ich
brech
dich
doch
noch

liebervaterbittebiegmichlieber

 

*

SELON LA VIEILLE COUTUME

personne après tout
ne l’a voulu

chacun après tout
l’a fait

ça sonne comme un mensonge
et ça l’est de fait

 

*

CHANSON DU SOIR

moi m’agripper
à ces poèmes
les moi-même écrivant
les peut-être pouvoir aider
les peut-être disant
là être ta paix

 

*

 

 

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