Eva-Maria BERG, La mémoire des branchies

Berg 2015-couv

Ce recueil de 46 poèmes est le fruit de plusieurs résidences de l’auteure dans le midi de la France, sur les rives de la Méditerranée. Rives dont le poème est la métaphore : un point de départ sans but, toujours renvoyé au silence, dans le mouvement inversé de sa quête.

Eva-Maria Berg explore « (…) l’espace, la distance ou le lien, entre les hommes et les mots, le palpable – qui n’a pas ou plus de sens -, l’impalpable – qui n’est pas le vide -, la trace et le fugitif, l’éphémère, l’échange pour sortir du cadre qui fige et déshumanise (…) afin de donner la précision à l’indéfinissable, m’insurger fragment après fragment, témoigner, essayer de restituer sens au mot, sensibilité à la langue, authenticité à l´existence (…) ».

*

Extraits

 

le vent de mer

est frais et

te plairait

comme chaque renouvellement

qui recommence

de nouveau

l’été

pourtant pareil

au livre d’images

en blanc qui ne parle

que de silence

et saute

toutes les pages

 

*

 

les températures sont en baisse

au point que le journal

devient froid

quant aux nouvelles

n’en parlons pas

elles neigent dans le cœur

sans bruit

 

*

 

les vieilles notions

de ciel et terre

se reflètent encore

dans l’eau

vagues

les contours

les lignes le motif

terre dessus ciel dessous

 

*

 

va chercher la nouvelle

dans ton silence

regard par-dessus l’eau

d’un bleu si céleste

cri d’une mouette

strident ton mutisme

comment peut-il atteindre

l’autre rive ?

 

*

 

et les jours plus clairs

se brouillent

dans l’oreille la haute plainte

chante entre les vagues

de lumière et marées

au lieu de souffrir et

de mourir quelque part

en mer est

ensevelie la mort

 

*

 

l’instant s’est mué

en contemplation

aucun rivage

plus loin que l’autre

quand le chien

n’ose pas traverser

à la nage et

que le bateau renversé

renonce à

la pêche naviguent

peut-être quelques

ailes dans le ciel

rappellent le port

florissant

 

*

 

le navire de guerre donne

du cor

en haute mer déjà

loin

la possibilité

du retour

 

*

 

ne s’habituer

jamais

à l’étendue

de l’espace

à la profondeur

de la mer

perte de tous

ces humains

 

*

 

affairé résonne

le matin

comme si se reflétait

dans l’eau le mot

les lignes sans fin

fuient

au gré du vent

de gauche à

droite et sur place

de toute façon ne lisent tout haut

que ceux qui apprennent

à lire et

ceux qui

ne savent pas nager

 

*

 

jour pour jour

ici seulement

c’est déjà le soir et

ailleurs le matin

en silence

des humains

qui doutent

du mot

de la vieille

notion

d’humanité

 

**************************************************************************************

 

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