Jacques ANCET, Les travaux de l’infime

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Pour ce premier volume de la collection « PO&PSY in extenso » – extension, comme son nom l’indique de la  collection princeps créée en 2008 -, Jacques Ancet a rassemblé en un unique recueil de 300 pages tous ses travaux poétiques visant à appréhender ce qu’il appelle « l’infime » – l’imperceptible, l’indistinct – cette identité obscure qui est une autre manière de dire qu’on ne sait rien. Qu’on est entre. Entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s’en va – et qui revient toujours. Il s’agit de faire signe non pas vers une image déjà visible, mais vers ce non-visible qui peu à peu se trame aux lisières du visible.

L’ouvrage se compose de trois recueils de proses poétiques brèves :

– Les travaux de l’infime ;

– Portraits sans visages ;

– Pour ne pas finir.

Il est illustré par 11 dessins du peintre d’origine hongroise Alexandre Hollan, lequel poursuit avec ses moyens propres la même approche.

 

* * *

EXTRAITS :

(Les travaux de l’infime  I )

On entre dans un nouveau silence.

On ne sait pas s’il a un nom.

La neige le recouvre et l’éclaire.

On ne sait rien. On ne saisit qu’un

mouvement de doigt dans la lumière,

un visage, la pause d’un pied.

*

On entre dans ce qu’on ne sait pas.

Dans ce qu’on ne sait pas

il y a ce qu’on sait et autre chose.

On reconnaît le coussin, le carrelage,

la tasse, le livre, la lampe,

mais il y a ce vide que met le regard,

une sorte de battement de cil.

*

Sans savoir, on entre dans l’infime.

Mais dans l’infime, on n’entre pas.

On y est, soudain, sans le savoir.

C’est un fourmillement, une buée où

chaque gouttelette reflète toutes les autres,

où jour et nuit sont un même crépuscule,

une même aube, peut-être,

on ne sait pas. On est là.

[…]

*************************************

(Portrait du jour)

Brutalement. Là encore. Le tronc fiché au sol.

Le soleil trouble, les cris. Tout ce qui fait l’instant

inexorable.

Tout ce qui fait le jour. Il vous regarde, il vous entre

dans les yeux, vous sort de la bouche. Il vous

traverse. Il a des images brutales.

Il vient ou il s’en va. Il s’arrête dans le désir qu’on en a,

mais il fuit.

[…]

Se fier au murmure, disait-il. Sous les voix, les bruits

de pas, les trilles. Sous les visages, les pigeons et la

pierre. Sous l’odeur de juillet. Écoute, écoute.

Ce qu’on entend ressemble à une voix, mais sans

en être une. Une sorte d’élan, plutôt, silencieux

et sonore. Avec des images – un touriste, un petit

oiseau qui sort – un moineau, un pigeon, on ne

sait pas.

La cloche de la cathédrale s’y met aussi.

On compte quatre coups. Et le bougé des ombres. Et

les rires. Et le rien qui n’attend pas. Mais qui est là,

la gueule ouverte.

[…]

*********************************************

(Pour ne pas finir   I )

J’arrive toujours trop tard. Trop tard me précède.

L’eau coule, la lumière se retire.

L’ombre m’attend entre grillage et gravier. Elle est

seule et me ressemble,

Elle a une forme qui change comme les arbres

avec le vent. Je reste là à attendre

Mais trop tard. Tout a déjà eu lieu. Je ne peux que

deviner les traces, les suivre parfois,

Les perdre, souvent. Je me dis : où vas-tu ? Je me laisse flotter,

je me disperse.

La voix pourtant ne se tait pas. Elle continue à

parler même quand je me tais.

Elle a parfois des stridences que je ne reconnais

pas, comme si une autre l’habitait, inaudible et brutale.

Je me dis : tant de voix dans les voix. Et trop tard,

toujours, pour les entendre – trop tard pour les reconnaître.

[…]

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