Denis Heudré, novembre 2012, Ancet Portrait d’une ombre

 Jacques ANCET : Portrait d’une ombre

Faire le portrait d’une ombre? Chercher le « non-visible qui peu à peu se trame aux lisières du visible » et ce qui se passe entre : »entre ici et ailleurs, entre hier et demain, entre tout et rien. Entre, toujours, entre. Entre le jour, la nuit, ce qui vient, ce qui s’en va – et qui revient toujours« . Tel est le projet annoncé de Jacques Ancet. Mais comme toujours chez les poètes (les grands), un ouvrage ne peut se résumer à un seul projet et le lecteur y trouvera de multiples chemins à explorer.

Jacques Ancet est de ces poètes qui pratique allègrement ce que Pierre Mabille disait attendre des poètes « l’étude et l’agrandissement du réel, non sa condamnation ». Étude des petits détails de l’existence pour les agrandir et mieux montrer l’invisible. « Quand dire c’est montrer, les mots sont des doigts« . Il trouve là le moyen de pratiquer une sorte de cubisme littéraire en plaçant dans ce portrait comme le faisait Picasso, à la fois le visage et son profil. L’ombre et son soleil. L’oiseau et son vent. L’Homme et le temps. La montagne et la maison d’où on l’observe. Avec toujours en miroir cette nature où Jacques Ancet aime à marcher parmi les oiseaux.

Le portrait d’une ombre donc. « On la devine à son silence. Malgré les bruits, elle est là ». « Une sorte d’écoute mais visible« . Alors, lui donner vie : « à une ombre, il faut un corps« . Mais l’ombre pour mieux croquer le soleil qui « refait un ciel plus lisse, plus tranchant« , « comme sur un bord. A chuchoter ou à crier, sans bruit. Il se tient là, sur la tasse et ses reflets, sur l’éclat du carrelage, dans les couleurs, dans l’air qu’on respire« .  »

Faire le portrait d’une ombre pour mieux montrer le vent qui « jette des poignées d’ombre dans le vert pâle« , « quelque chose comme un regard qui traverse le paysage et l’abandonne« . « On a cru le voir. Pourtant le ciel touche la terre et rien ne vient, clôture piquet, qu’une légère attente« . « Il a tous les visages. Il va et vient dans des couloirs, métros, gares, aéroports« . « Et lui qui court entre les branches nues dans une fuite d’ailes« .

Mais mieux encore, retrouver l’image du temps dans ce portrait de l’ombre et du vent. « il entre dans le regard, la voix. On ne le voit pas. » « On ne voit rien, mais on voit ce rien. Il vit, il vient, il s’approche. Il y a comme un ciel qui tombe, une rumeur de feuilles froissées, une odeur de feu« . « Tout autour on le cherche des yeux : parmi les feuilles qui grésillent, entre le tronc et la clôture, le regard et la vitre, entre les chaises et la table, la main et la tasse » « Il est la neige, brutal et léger à la fois…Il aveugle, il éblouit…La main se ferme sur une poignée d’air« .

L’ombre, le Temps, l’Homme. Seul le poète peut en jouer ainsi.

Denis HEUDRÉ

http://denisheudre.free.fr

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