INTERVENTIONS A HAUTE VOIX, Claudine Bohi

Avant les mots , de Claudine Bohi, Editions Erès, 2012, 58 pages.

Entrer dans la nudité de l’œuvre. Non, pas entrer. La regarder, la caresser jusqu’à l’intense.

Cette ascèse, au chant au registre quasi atonal et en même temps chorale emplissant nos chapelles. Intime de la sensation, impudeur offerte et impénétrable : « La chair s’apprend là / dans ce cérémonial / du rien. »

Nous naissons du manque, de l’absence. « Perdu/perdure/indéfiniment. » Il nous reste donc, si nous voulons survivre, à « aimer la perte alors/peut-être. »

Sur la page blanche se frôlent une infinités de silences, d’appels et d’accueils. Le vide côtoie en permanence son complice millénaire le surgissement. Et les mots, qui « sont des mains coupées »,sont aussi flocons de neige sur cette page. Le signe en solitude. Mots rares qui nous dénudent et nous découvrent. Parce que toute parole est offrande. Que le langage, pour Claudine Bohi, n’a pas pour but la coagulation des fantasmes, mais la métamorphose du monde par le pouvoir gigantesque de l’amour. Mais attention, de quel amour s’agit-il ? De celui qui naît « dans ce qui fut lâché / avant même d’être tenu . » L’intérieur nourrissant l’extérieur, en quelque sorte.
« On ne saisit pas » dit Claudine Bohi pour finir. Mais non ,rien n’est fini. Demeure intact ,en notre corps, en notre esprit, l’inconnaissable.

 

Jean-Louis Bernard

Paru dans INTERVENTIONS A HAUTE VOIX. Numéro 50, décembre 2012

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