Kenneth Rexroth

 

Kenneth Rexroth

Les poèmes d’amour de Marichiko,

traduction de Joël Cornuault

Editions ÉRÈS, coll. PO&PSY

 

par Gérard Purnelle

 

Critique, traducteur et poète, le californien Rexroth (1905-1982) fut d’abord un indépendant. Il exerça une influence certaine sur nombre de poètes américains, à commencer par les Beatnicks, et fut reconnu comme le père de la Renaissance de San Francisco. En marge (ou est-ce même au cœur) de son œuvre poétique abondante, empreinte de spiritualité, de sensualité et de conscience écologique, figure son travail de traducteur et de passeur de poésies étrangères. Parmi celles-ci (grec, français, espagnol, chinois), la poésie japonaise tient à coup sûr la première place. Plusieurs recueils en témoignent, dans lesquels il recrée en poète de nombreux poèmes choisis parmi une longue tradition, avec une attention particulière pour les poèmes de femmes. Dans un de ces recueils, il plaça ceux d’une contemporaine, nommée Marichiko. Ce sont en fait des poèmes écrits par Rexroth lui-même, une espèce d’ à la manière de, dont un soupçon d’humour n’est sans doute pas exclu, mais où le poète livre, par le truchement d’une supercherie sérieuse (finalement éventée par la reprise à son compte du mince recueil prêté à sa créature fictive), sa propre sensibilité, et montre les formes qu’a pu prendre une imprégnation profonde de la philosophie bouddhiste et de l’esprit poétique du Japon. Osons dire, avec son traducteur Joël Cornuault, que c’est aussi sa propre part féminine qui s’exprime à travers cette suite de 60 poèmes qui forment (fiction oblige) une sorte de mini-roman érotique et tragique où se racontent le désir, la passion puis le désespoir et l’abandon, à travers de brefs poèmes spontanés, bourrés de références que le poète annote, mais dont le lecteur se passera aisément, goûtant tour à tour et en même temps la perfection de l’évocation et de l’imitation d’une tradition, et la modernité d’une poétique syncrétique. Tantôt des motifs classiques sont convoqués (Des oies sauvages crient dans le ciel. C’est tout), tantôt le propos se fait simple : Aime-moi. En cet instant, nous / Sommes les plus heureux / Du monde. Dans tous les cas, c’est aussi de poésie qu’il s’agit : écrire des poèmes d’amour, pratique séculaire.

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