Les poèmes d’amour de Marichiko

 

En 1896, Pierre Louÿs publiait son roman Aphrodite. Il y avait imaginé une grande amoureuse dont l’histoire était prétendument couchée sur un papyrus. Le mystificateur y trouvait l’occasion d’un succès phénoménal et les lecteurs une affriolante histoire dont les adolescents français se souvenaient longtemps. Le poète américain Kenneth Rexroth (1905-1982) donna à son tour Les Poèmes d’amour de Marichiko mais il s’inspira pour sa part, sur le même principe, de la culture japonaise, et en particulier des scandaleux 399 tankas du recueil des Cheveux emmêlés (Belles Lettres, 2010) de la véridique Yosano Akiko (1878-1942), moderniste forcenée. Désormais classique lui-même, Kenneth Rexroth composa donc au nom de Marichiko, une imaginaire jeune femme de Kyoto, ses propres poèmes d’amour à la fois crus, concis et élégants, gorgés de pensées bouddhiques ou mystiques, de voluptés et tristesses variées… Comme Kerouac, son cadet de 17 ans, ou le français Claude Pelieu à la fin de sa vie, Rexroth a été touché par la force du poème nippon. Voyons le verset XXXII :  » Je tiens ta tête serrée entre / Mes cuisses, et appuie contre ta / Bouche, et pars à la dérive / Sans fin, dans un bateau / Orchidée sur la Rivière du ciel.« . Auquel succède le verset XXXIII : « Je ne peux oublier / Le crépuscule parfumé sous le / Dais de ma chevelure noire, / Lorsqu’on se réveillait pour faire l’amour / Après une longue nuit d’amour. » Avec l’aide du traducteur Joël Cornuault, on constate que Rexroth a su extraire du Japon toute la sensualité.

Éric Dussert

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