Malcolm de Chazal, Humour rose

 

Malcolm de Chazal

Humour rose

éditions Érès, coll. PO&PSY princeps

 

Né en 1902, mort en 1981, le poète mauricien eut son heure de gloire dans les années cinquante, quand son recueil d’aphorismes Sens plastique (1948) surprit et enthousiasma le Paris littéraire et artistique. Le petit recueil inédit intitulé Humour rose appartient plutôt à la veine de Sens magique et des Poèmes (1957 et 1958), réédités en 2004-2005 par les éditions Léo Scheer). Chaque poème est fait d’une très courte phrase verticale (six à douze mots), dont l’énoncé, à mi-chemin entre aphorisme et image poétique, use du paradoxe, de la surprise, du transfert : La gifle / N’en / Croyait / Pas / Ses bras. Dans certaines phrases, cet effet de surprise confine à l’évidence, l’image fonctionne en plein : L’œuf / Est / Tout / En mentons ; Le Vert / Est / La Chaleur / Du printemps / Et / La froidure / De l’été ; L’horizon / Ne fait / Jamais / Un pas / De trop. Ailleurs, c’est l’énigme qui émerge : Les fleurs sont myopes sans leurs feuilles ; On retrouve parfois un érotisme particulier au poète : Le baiser / Est le sein / Qui tète . Elle / Se masturbait / À crédit ; L’eau / Baissa / Sa jupe / Quand / La rame / Passait. Les meilleures atteignent à une vraie poésie, celle qui situe le sujet dans le monde : L’espace / A / Pour seule clé / Le regard ; Elle / Découpait / Ses robes / Dans / Des tissus / D’absence. Même si, à la longue, les procédés mis en œuvre se font très présents (paradoes, déplacements, métonymies, etc.), la quarantaine de ces très courts poèmes aphoristiques constitue une bonne introduction à cette poétique en marge du surréalisme, qui revendique à la fois éthiquement et poétiquement une totale liberté, de vue et d’expression : La volupté / À force / D’attendre / S’embourgeoisa. Au total, cette petite plaquette invite à (re)découvrir les plus gros recueils, Sens magique et Poèmes, où les véritables réussites sont plus abondantes. Fleurettes, perles, bijoux ou diamants, on usera de la métaphore que l’on veut pour goûter ces germes ou ces concentrés de poésie. Loin des grandes envolées, un tel ressourcement est souvent salutaire.

Gérard PURNELLE

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