Ernt JANDL

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Ernst Jandl (Vienne 1925 – 2000) débute sa vie d’adulte dans la guerre : appelé au front à 18 ans, en 1943, il se constitue d’emblée prisonnier des troupes américaines.

À sa libération, en 1949, il étudie l’allemand et l’anglais, qu’il enseignera par la suite, et entre en poésie, fortement influencé par les expérimentations du Groupe de Vienne.

À partir de 1956, il abandonne les poèmes réalistes pour

« avancer sur terrain non balisé (…), ce qui veut dire que toutes les méthodes pour construire, à partir de la langue, une œuvre d’art vont être essayées, abandonnées, et de nouveau essayées ».

Il se lie avec la poète Friederike Mayröcker (1924 -), avec qui il cosigne de nombreux poèmes et pièces radiophoniques et qui sera sa compagne jusqu’à sa mort. Poètes majeurs autrichiens du 20ème siècle, ils ont reçu l’un et l’autre de nombreuses distinctions dans les pays germanophones (dont le prestigieux Prix Georg Büchner).

La première anthologie de textes d’Ernst Jandl traduits en français est parue en 2011.

Le présent recueil, traduit par Inge Kresser, puise dans l’œuvre complète du poète, en privilégiant les poèmes accessibles à un large public. Son titre, Façon de parler reprend celui d’un de ses poèmes les plus représentatifs de la manière du poète.

 

Sur la poésie de Ernst Jandl :

 

[…] Littérature de « résistance », l’œuvre de Ernst Jandl est pour son auteur une « réalisation de liberté ».

[…] L’esthétique, intrinsèque aux textes littéraires, est toujours liée aussi à l’aspect politique. Il ne s’agit pourtant pas de réduire les textes esthétiques à un simple message politique. La critique sociale ne se manifeste qu’à travers le travail sur la langue. C’est la radicalité de la forme qui s’affirme en radicalité sociale et donc politique.

[…] Les textes déploient tout leur potentiel critique seulement s’ils sont écrits dans une forme novatrice.

[…] Jandl ne doute pas de la langue elle-même – puisqu’on est dans la langue et qu’on n’en a pas d’autre pour s’exprimer – mais de son usage .

[…] La langue est considérée comme du matériau brut et le poète puise non seulement dans le système de la langue au sens saussurien mais aussi dans son répertoire propre, subjectif : son « réservoir » de mots et de tournures lexicales, de réflexions, de souvenirs etc. Le résultat est la production d’un objet, d’un artefact.

[…] Il faut jouer de toutes les possibilités de la langue et Jandl parle de Manipulation mit dem Sprachmaterial qui permet de rendre compte de sa composition/construction et donc aussi de sa contamination (dans la foulée de Kraus) par des automatismes et des phrases toutes faites.

[…] La confrontation de matériaux hétérogènes provoque des réactions fortes et le travail sur la lettre permet de rendre visible l’invisible.

[…] Cette poésie, même dans son stade le plus expérimental, n’est jamais autoréférentielle, le travail sur le matériau participant toujours du dévoilement de normes et du langage de la société.

Elisabeth Kargl, « Ernst Jandl : travail langagier et mémoire politique », Germanica, 42 | 2008, 189-208.