ISSA

Mise en page 1« Je suis comme une vague blanche sans côte pour accoster ou comme de l’écume de mer qui disparaît à peine formée. C’est justement pour cette raison que je m’appelle moine Issa. »

ISSA  (Koyabashi Yataro) est né le 5 mai 1763 dans un village de la province de Shinano, de parents paysans aisés et instruits.

Orphelin de mère à l’âge de 2 ans, il devient un enfant taciturne doué d’une grande sensibilité. Il est initié dès l’âge de 6 ans à la poésie et aux textes bouddhiques par l’aubergiste du village qui tient aussi école – lequel reconnaît tout de suite ses prédispositions littéraires et le soutiendra amicalement jusqu’à la fin.

Mais il doit abandonner l’étude pour les travaux de la ferme familiale sous la férule d’une belle-mère hostile. Soucieux de l’épargner, son père l’en- voie en 1777 « faire son apprentissage » à Edo (l’ancien nom de Tokyo).

Sans ressources, après quelques mois difficiles, il rencontre par hasard le haïku auquel il va se consacrer. En 1790, il prend la tête de l’école Katsu Shika (du nom de son fondateur, un disciple de Bashô) mais il en est évincé en raison des libertés qu’il prend avec les conventions littéraires en vigueur.

En 1791, après un bref passage dans son village natal, il décide de partir en pèlerinage, afin de se consacrer à cette pratique littéraire en vogue qui consistait à produire des journaux de voyage composés d’essais, poèmes et dessins. Pendant plus de six années, « le moine laïc Issa du temple haïkaï », comme il s’appelle lui-même, arpente les provinces de l’Ouest et les îles du Sud.

En 1801, il rentre pour recueillir les dernières volontés de son père : qu’il fonde une famille dans la maison familiale. Mais cet héritage lui sera contesté pendant des années par sa belle-mère et son demi-frère.

Il repart à Edo où il publie Le journal de la mort de mon père et reprend sa vie d’errance, jalonnée de rencontres avec quelques passionnés de haïku, comme lui, et par la publication de Carnets poétiques.

À 50 ans, il décide de mettre un terme à sa vie d’errance et il parvient enfin à réintégrer sa maison natale, désormais nanti d’une certaine renommée. Il fonde une famille mais en 10 ans, il verra mourir sa femme et ses quatre enfants.

En 1811, il achève le recueil Le printemps de ma vie, qui passe pour son chef d’œuvre, ainsi que son Huitième Journal poétique.

Peu de temps après son troisième mariage, il perd sa maison dans l’incendie du village et doit se réfugier avec sa femme enceinte dans une remise. Déjà très diminué physiquement, cette épreuve lui sera fatale. Il meurt le 19 novembre 1827 à l’âge de 64 ans, avant d’avoir vu naître sa fille.

 

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EXTRAITS DE PAS SIMPLE EN CE MONDE D’ÊTRE NÉ HUMAIN :

 

extérieur neige

intérieur noir de fumée

ainsi ma demeure

*

ah ! cette fraîcheur

près d’une marmite ébréchée

seul avec moi-même

*

suis si démuni

que la couche du chat – eh oui !

je dois emprunter

*

avec bienveillance

la regarderait-on – brrrr

quelle tête que la mienne !

*

dans le vent d’automne

un gueux me considérant

pèse le pour, le contre

*

des plus démunis

pourtant cette paix dans mon cœur

dans l’air cette fraîcheur…

*

merveille des merveilles !

par un trou dans le shôji

brille la voie lactée

*

dessus les grêlons

amassés pisser debout

quelle somptuosité !

*

ah ! sérénité

sur les labours ressuyant

vapeur au matin

*

d’un matin l’autre

le thé me semble meilleur

s’il y a du brouillard

*

melon mis au frais

ça fera bientôt deux jours

et personne en vue

*

lune au portillon

avec la chaleur moindre

moins d’amis aussi

*

où il y a des hommes

il y a aussi des mouches

il y a des Bouddhas

*

l’homme parmi les hommes

ni plus ni moins qu’une mouche

dans un réfectoire

*

auprès de l’âtre

ce sourire qui s’affichait

préparait l’adieu

*

s’être tant langui

des cerisiers en fleurs et

s’y retrouver seul…

*

dans le vent d’automne

je m’en vais et je m’en viens

mais vers quel enfer ?

*

même les corbeaux

l’âge venant ont une forêt

où se réfugier

*

en ce monde nous sommes

comme sur le toit de l’enfer

à bader les fleurs

*

pas simple en ce monde

d’être né humain – automne

tirant à sa fin

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