Sylvie DEPARIS

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Plasticienne et éditrice de livres d’artiste.

http://www.sylvie-deparis.odavia.com

Née en 1965, elle vit à Domazan dans le Gard. Formée aux Beaux-arts de Toulouse et à l’Ecole d’art d’Avignon (Diplôme d’Etudes Supérieures en Conservation et Restauration des Œuvres Peintes), elle expose régulièrement en galeries, médiathèques ou centres d’art.

Très proche des philosophies d’Extrême-Orient, elle voyage depuis plusieurs années en Asie où elle participe à des résidences d’artistes et expose (Corée, Indonésie, Chine).

Ses livres d’artiste sont très liés à son travail plastique, en relation à l’écriture poétique. Elle a collaboré avec plusieurs éditeurs et a créé en 2009 les éditions SD Éditions. Dans ses livres, textes et interventions plastiques coexistent comme fragments d’une totalité dans un rapport de connivence, confrontation ou correspondance.

Sa démarche artistique est une recherche de transcription des rythmes du Vivant, dans une approche énergétique et sensorielle. Elle puise à la source de l’univers végétal, perçu comme équilibre dynamique de flux, circulation de souffles.

Cette transcription passe initialement pour moi par l’identification corporelle aux rythmes du  végétal, aux vibrations qui l’animent et en émanent.
Elle requiert une déprise de soi, un déconditionnement du connu. « D’abord, non pas faire, mais se défaire, de l’établi, du figé », écrit Henri Michaux 1. Ne pas vouloir saisir, ni s’approprier comme le fait le concept qui circonscrit pour maîtriser. Mais simplement tendre à l’immersion.

Pour communier avec les infinies variations et les multiples métamorphoses de ce qui est, pour seulement apercevoir « l’apparition disparaissant », le corps cherche l’ouvert, la fluidité, le questionnement de l’inconnu, et dans ce désir de l’intime, structure et façonne l’expérience créatrice.
Dans l’état d’abandon, la présence végétale dicte à la main son invisible vibration : lieu de l’équilibre instable, la ligne naît de l’indifférencié en quête d’une expression poétique du Vivant.

Dans une acceptation de la vulnérabilité, une recherche d’humilité, d’approfondissement, le corps a capacité d’harmoniser son propre rythme avec celui d’un autre être, d’un lieu, ou d’autres phénomènes vibratoires, par les forces, le mouvement, autant que par les silences, l’interstice. Il se laisse traverser par le réel irréductible, ce quelque chose qui échappe à la signification.
Sensorialité, sensualité, donnent accès au lieu de l’unification d’où la force tantôt foisonne, jaillit, s’érige, tantôt s’enfouit dans les mystères de la substance.
Cette rencontre entre le corps et le monde requiert pour moi une très grande proximité avec l’élément végétal, et s’appuie sur la pratique de la respiration, l’attention, le regard : je travaille, dans la nature ou en ramenant des végétaux à l’atelier, dans un contact intime avec l’arbre, la branche, l’entrelacement de lianes. J’en éprouve la concrétude, l’aspérité, jusqu’à en ressentir corporellement la « saveur ». Le processus du regard, en une sorte de vision-sensation, ouvre les formes statiques en lesquelles se révèle l’élan générateur qui les a façonnées et les parcourt.
Le tangible n’est pas évacué mais au contraire dilaté jusqu’à devenir si ample que se dissolvent les limitations, contradictions, oppositions.

C’est principalement par la ligne que je cherche à exprimer dans la matière cette vibration de l’impalpable. Rémi Labrusse écrit  2 : « La ligne est la vie, et comment l’est-elle ? Par ses paradoxes : elle se déploie dans l’inconnu tout en maintenant sa cohérence intérieure; elle se nourrit de la vision sans lui être fidèle; elle est parcourue de manques, de soubresauts, d’accidents, et produit pourtant une forme complète; elle hésite en inventant, invente en hésitant. Et surtout, elle induit toujours, dans sa ténuité, le sentiment de la précarité : fragile et fugace (comme la plante), elle n’apparaît que sur le fond d’un effacement imminent. »
La ligne est pour moi action rituelle autour du trait répété, mêlé, entrelacé, superposition de flux variés, enchevêtrement de palpitations.

La notion de série est intimement liée à mon travail. Elle associe fragmentation et continuité : fragmentation inévitable de la perception sensorielle qui ne se vit que dans l’instant, et continuité ou plutôt « continuum » du Tout qui est le fondement de ma démarche.
Le Tout, ce fond indéterminé d’où tout provient et auquel tout ne cesse de retourner, perçu dans une sorte de fulgurance, n’est traduisible que par fragments, et c’est précisément le caractère partiel de celui-ci qui lui communique sa dimension d’ouverture. Si le fragment est en soi accès au Tout (« Fragment qui contient pourtant une totalité, écrit Maurice Benhamou 3, comme une seconde de silence contient le silence tout entier »), l’association de fragments dans la série est le développement rhizomique de variations d’une même perception, comme les multiples facettes d’une seule et même réalité.

Mon travail se développe également à travers les livres d’artistes, dans une relation à l’écriture poétique. Celle-ci, univers graphique qui peut donner accès à la même symbolique que mes préoccupations plastiques, échappe à la fonctionnalité et à la discursivité pour être dans l’évocation de la Présence. Dans un rapport de connivence, confrontation, correspondance, textes et images existent également comme fragments d’une totalité, et ma proposition est la mise en lien et la trace de cette respiration.

De cette sensation de circulation permanente entre immatériel et matériel, intérieur et extérieur, de cette perception-transcription, peuvent naître des éclats éphémères qui peut-être, dans une tentative toujours reprise parce que jamais aboutie, parlent du réel dans son entier.

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1 – Emergences-Résurgences, Les sentiers de la création, Skira, 1993
2 – Le désir de la ligne, Catalogue Matisse – Kelly, dessins de plantes, Centre Pompidou, Gallimard, 2002
3 – L’espace plastique : paysages de l’âme et portraits critiques, Name, 1998

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