Paolo Universo Dans un lieu commun j’ai fini par te trouver, poésie

 

Paolo Universo

Dans un lieu commun j’ai fini par te trouver, poésie

éditions Érès, coll. PO&PSY in extenso

 

Radical à tous points de vue, Paolo Universo (1933 – 2002) tranche dans le champ poétique. D’abord adopté par les milieux poétiques dans les années septante, mais déçu par le système et le monde culturel, il renonce à toute publication et diffusion de son œuvre. Celle-ci présente, surtout dans sa première moitié, une dimension critique assez dure. Poète pessimiste, cynique et volontairement anti-lyrique, Universo peut déranger. Rien chez lui ne répond aux standards de la poésie telle qu’elle s’écrit et se lit couramment. Sans démonstration mais avec la plus grande assertivité, il fait le constat d’une décadence du monde contemporain, de la société de consomation dépolitisée, il torpille toutes les classes, philosophes, intellectuels, employés, bourgeois : tu n’as rien d’autre / après le bureau / que tes pantoufles / ta femme / qui te baîlle / à la figure / la lavasse / que tu ingurgites / avec un bruit / de lavabo / père de famille / camponne-toi / au happy end / du téléfilm ; tu es en règle / avec tout / tu as / permis / compte / en banque / port / d’armes / passe / port / une seule chose / te manque / être / mort.

Dans cette écriture s’exprime aussi un moi frappé des mêmes désillusions à son propre sujet : j’oscille dans le vent / comme un œil de verre / suspendu à un fil / dans une ruelle borgne. Écrire à contre-courant du poétique, c’est aussi renouveler l’art de l’image.

On peut ne pas adhérer à cette poétique et trouver que cela ne vole pas très haut, ou se montrer sensible au décapage des poncifs, des idées reçues, de la bienséance et de la bien-pensance. C’est trivial mais roboratif.

Contestatiare, anarchiste, Universo est aussi un sceptique : à force de contester / on finit par se faire détester / y compris de soi-même et la pensée la plus noble est en ruine. Croit-il en la poésie comme ultile recours, refuge ? des mots, encore des mots, dit-il. Mais il n’évite pas systématiquement le poétique, avec parfois une grosse pointe de parodie : le pays heureux de ton beau corps d’azur, mais aussi la plus grande simplicité : dès matines / une odeur de mandarine / dans tes cheveux noirs. Et il y a dans les derniers poèmes une sagesse d’inspiration orientale qui nous parle la poésie la plus directe : le printemps / est tout là / ce soir / dans cette violette / qui me meurt / dans la main.

Somme toute, il y a dans ces différentes voies plus de cohérence qu’il n’y paraît d’abord : je marche à quatre pattes / dans le pays bleu / de tes yeux / doucement poussé / par une forte dépression / universelle.

Gérard PURNELLE

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