Abbas KIAROSTAMI – in extenso

moutashar-kiarostamiÊtre à la fois cinéaste, photographe, poète… Tout ça, ce sont des motivations pour vivre, pour faire chaque jour quelque chose, que ce soit du cinéma, de la photo ou de la poésie. Ce n’est pas un choix, c’est une fatalité. (A. K.)Toute l’œuvre de Kiarostami est tendue vers le retrait et l’épure : soustraire pour mieux montrer, s’abstraire de la narration pour inventer des formes d’écriture qui entrent en résonance avec le monde visible.

Cette oeuvre, et ce n’est pas étonnant de la part d’un cinéaste, invite d’abord au regard, elle nous pousse à imaginer, au sens premier, une série d’instants qui sont pure présence au monde, instants suggérés plutôt que décrits où le lecteur est chargé de donner corps et matière aux images, d’achever le tableau.

Les sentiments sont ténus, épurés, dénués de tout pathos, éloignés du lyrisme de la tradition classique persane.

Nulle préoccupation métaphysique, nulle transcendance dans ces recueils de haïkus laïques où se dessine une sorte de réalisme idéalisé.

Ne citant la poésie traditionnelle que pour mieux la détourner, Kiarostami crée une oeuvre moderne et iconoclaste, qui a en commun avec le haïku l’image saisie au vol, l’instant fixé dans une fraction de seconde, comme sous l’objectif du photographe. La mélancolie chère à la tradition persane ne trouve ici nulle consolation : aucun plaisir terrestre ne vient combler le vide de l’existence, comme chez Khayyam et nulle flamme mystique n’offre de sublimation aux aléas de l’existence, comme chez Attar ou Rûmi.

Reste la poésie elle-même, l’image nue, dénuée de toute facilité, de tout attrait tapageur.

Kiarostami invite le lecteur à une forme d’ascèse esthétique qui lui fera toucher la beauté dans son extrême dénuement.

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EXTRAITS DE 7 HEURES MOINS 7 :

 

ce soir j’ai rendez-vous

avec la lune

avec la lune pleine

à sept heures

moins sept

 

*

entre la lune et moi

il y a une conversation

que ni la lune

ni moi n’entendons

 

*

insomnie

par une nuit de lune

vaine conversation

avec moi-même

jusqu’au matin

 

*

sous l’essuie-glace de ma voiture

un morceau du poème  » hiver « 

avait gelé

 

*

sur un terrain couvert de mines

des centaines d’arbres

couverts de bourgeons

 

*

l’herbe nouvelle

ne reconnaît pas

les vieux arbres

 

*

dans les temps morts du marché aux agrumes

comment se portent-ils

les orangers ?

 

*

le premier vers

s’est élevé du cœur

s’est posé sur la feuille

les lignes suivantes

laborieuses inutiles

 

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