Paolo Universo – Dans un lieu commun…

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Après des débuts brillants qui l’amènent à fréquenter les milieux littéraires milanais (Buzzati, Calvino, Pasolini, Ungaretti, Sereni…) et à figurer dans le prestigieux Almanacco dello Specchio de Mondadori, aux côtés d’Octavio Paz, Ezra Pound, Jude Stéfan, Constantin Kavafis, etc., ce poète précoce et prolixe renonce à la publication au nom d’une « poésie honnête » (selon l’expression de son aîné et concitoyen Umberto Saba), se vouant alors à une existence littéraire solitaire, excentrique et tourmentée, dont le prix à payer sera une condition sociale précaire et la souffrance de voir son humanité niée. Il va donc se tourner vers ceux qui, comme lui, sont des laissés-pour-compte de la modernité (les marginaux, les « fous ») et devenir un personnage dérangeant. Les années 70, marquées à Trieste par la fermeture des hôpitaux psychiatriques sous l’impulsion de la pensée et du travail de Franco Basaglia, vont être à l’origine d’écrits satyriques contre le pouvoir psychiatrique, telle la Ballata del vecchio manicomio, qui figure dans le présent recueil.

De son œuvre, quasi inédite en Italie, il reste quelques milliers de vers, un grand poème en prose, sorte de Divine Comédie moderne, intitulé « Dalla parte del fuoco », et un essai sur Rimbaud.

  *

Les premiers poèmes de Paolo Universo voient le jour au début des années soixante, quand il s’installe à Trieste. Privilégiant la forme brève (épigramme) et un ton délibérément polémique, Paolo Universo se pose d’emblée comme celui qui est « contre » – contre le conformisme de la société bourgeoise et les vains simulacres de la famille, contre la corruption des rapports humains, contre la tyrannie du progrès et du consumérisme – à travers un style rigoureux qui se refuse à toute fioriture, à tout débordement sentimental, allant à l’essentiel. À travers un style mordant, parfois dur et amer, émoussé néanmoins par l’ironie jaillissante du jeu de mot et de la boutade.

*

Au sommaire :

– Poesie / Poèmes

– Versi perversi /Vers p(a/e)r vers

– La ballata del vecchio manicomio /La ballade de l’ancien asile

– notes

– notices bio bibliographiques de l’auteur, des traductrices et de l’artiste.

*

En exergue du volume, une citation des Poèmes de jeunesse (1967-1972) :

(…) c’est déjà quelque chose si,

dans le marasme convulsif du monde,

le poète trouve encore l’impulsion magique

pour maintenir vif le feu de la vie.

 

*

Extraits :

 

on massacre les agneaux

aux abattoirs des villes chrétiennes

carillonnent

les cloches

pour annoncer les pâques

j’ai un pincement au coeur

et le vent m’apporte un bêlement déchirant

surhumain

moi

j’étais végétarien

mais par dévotion

je me dévore

un beau carré

de christ ressuscité

dans le temple antonien

 

 

*

voilà le fruit

de ton filet de fumée

d’amour

gardé comme un feu sacré

par un petit groupe de vestales

en blouse blanche

voilà l’héritier

de tes rêves

de tes grandes

illusions perdues

un petit corps

souillé de sang

secoué par la terreur

du monde

 

*

cette idiote stupeur

devant la nature

que tu as répudiée

ne te laisse pas en paix

citadin

habitué au verre

au goudron

armé

jusqu’aux dents

d’amoureuse folie

tu cultives

une époque passée

sur tes rebords de fenêtres tes balcons

tes terrasses corrodées

par le smog

et ruminant

une amère nostalgie

tu vas paissant

par tes longs

dimanches

d’asphalte

 

*

aigu

comme un point d’exclamation

je scrute

l’être

suprême

interrogation

 

*

soudain le soir

descend

ainsi qu’un pétale

rose

sur ma maison

sur mon

épouse

qui plus ne rit sans riz

pour faire le dîner

que vais-je manger

ce soir ?

 

*

 

les employés

se sont déployés

au vent chaud de la feuille de paye

moi

n’ayant plus

ni sou ni maille

libre je vole

sur le pavé divin

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