Sôgi – Shôhaku – Sôcho

couv renga HD copie

 

Trois voix à Minase  (Minase Sanguin Hyakuin) : trois poètes, le « maître » SÔGI (1421-1502), reconnu comme le plus important de son époque, et deux de ses disciples, SHÔHAKU (1443-1527) et SÔCHO (1448-1532), entreprennent, un jour de 1488, de composer un renga, qui restera à la postérité comme le modèle du genre.

Le renga se caractérise par l’enchaînement de versets composés à tour de rôle par plusieurs poètes. Il est constitué à partir d’une des formes poétiques les plus anciennes et les plus répandues, le waka, composé de deux versets inégaux ((le premier comportant trois unités de 5, 7 et 5 syllabes ; le second, deux unités de 7 et 7 syllabes, soit au total : 31 syllabes).

Les auteurs se réunissent sous la direction d’un poète confirmé qui contrôle le respect des règles et l’unité de l’œuvre, laquelle risque en effet d’être mise à mal par la pluralité des voix.

Le premier des cent versets suggère une perception de la réalité, souvent issue du paysage environnant, tandis que le second ouvre la voie à l’imaginaire.

D’un verset à l’autre on doit trouver un lien et en même temps une ouverture nouvelle. Cette règle est fondamentale pour le renga qui refuse la répétition et s’inscrit dans une continuelle progression.

Chaque verset est donc un poème à lui seul tout en participant à l’harmonie de l’œuvre collective.

(Avec le temps le renga subira un clivage qui conduira à la forme encore très largement répandue aujourd’hui au Japon mais aussi en Occident, du haïkaï ou haïku.)

Le processus de création collective du renga, dans lequel chacun développe son imagination tout en suivant celle des autres, procure un plaisir esthétique et rejoint l’idéal poétique d’une beauté changeante qui intègre le flux du temps.

Cette esthétique, caractéristique de l’art japonais et de sa représentation du « monde flottant », est en rapport avec une conception du sujet bien différente de ce que la philosophie occidentale, reprenant certains maîtres antiques, a souvent posé. Dans le Renga, le sujet n’est pas une essence, il n’est pas identique à lui-même, il entre en composition avec le temps, il tire de sa rencontre avec le monde extérieur des contours éphémères. Il se réalise par éclipse, le temps d’un poème, dans l’impermanence même du mouvement.

Ce n’est sans doute pas un hasard si l’énonciation anonyme des poèmes ici traduits évoque celle d’un voyageur sans feu ni lieu — à l’instar de l’être —, emporté par le cycle des saisons, l’écriture du sentier, l’esquisse d’une fumée interrogeant le ciel, par le tracé d’un fleuve, le souffle d’une voile, la floraison des pruniers, leur splendeur fanée, et par les jeux de masque de la brume.

À travers ces allusions qui s’enchaînent de la façon la plus subtile, c’est toute la condition humaine inextricablement mêlée à son environnement proche ou lointain, prise dans la marche inexorable du temps qui est saisie, condensée en 250 vers rigoureusement métrés, modèle de virtuosité de l’écriture brève.

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EXTRAITS DE TROIS VOIX À MINASE :

cimes – un peu de neige
les vallons noyés de brume
– soir de primevère

*
au loin le cours lent d’un fleuve
village ivre de pruniers
*
le vent sur la berge
décoiffe un bouquet de saules
assaut de printemps
*
sans aucune pitié
pour le cri sourd des insectes
les herbes se fanent
*
visite – après la haie morte
chemin nu de l’ermitage
*
au fond de ces monts
comment orienter sa vie
en pleine tempête ?
*
pauvre fleur ! la rosée,
plus éphémère encore, au bord
des pétales hésite`
*
dernières lueurs de soleil
parmi les gouttes de brume
*
alors les oiseaux
croyant venu le couchant
pépient vers leur nid

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