REVUE ALSACIENNE DE LITTÉRATURE : Bohi

REVUE ALSACIENNE DE LITTÉRATURE – 2ème trimestre 2012

 

Claudine BOHI, avant les mots

éditions éres, Toulouse 2012

 

Les éditions érès, spécialisées dans la publication d’ouvrages de sciences humaines, ont créé à l’initiative de Danièle Faugeras et Pascale Janot la collection PO&PSY, qui propose une approche originale de la poésie en se plaçant d’emblée sous la double référence de Rilke et de Freud, pour qui « les écrivains sont de précieux alliés » dont « il faut placer bien haut le témoignage ». En effet, nous pouvons lire à l’intérieur de la jaquette cartonnée qui sert d’étui à d’élégants petits livres qu’au nom de « l’amélioration de la condition de ces hommes ordinaires » dont parlait Freud, un tel éditeur ne saurait se priver de « publier des textes contribuant à ce but ». À l’éternelle question du sens de l’existence et de la difficulté même de vivre, le poète a toujours répondu en « faisant des choses avec de l’angoisse » afin que ces choses « sorties du temps et confiées à l’espace » soient métamorphosées en poèmes.

C’est dans cette collection « privilégiant des formes ou anthologies brèves » avec « la seule exigence de la qualité des textes et de leur présentation » que vient de paraître le livre de Claudine Bohi dont le titre, avant les mots, ouvre une interrogation sur ce que son auteur nomme une parole / la langue sans personne / une peau peut-être / sa trace / peut-être pas / la chair / pas là encore / pas même / rêvée / juste / une effraction / à l’intérieur du noir. Par touches successives, le poème s’avance, dévoile ses traits dans le creux des pages où se déploie le dessin de Magali Latil et son graphisme ininterrompu, cherchant à se frayer un chemin dans les entrelacs du texte, comme pour en indiquer les limites sans cesse changeantes. Les méandres du crayon viennent souligner la tension d’une écriture lapidaire qui dépose ses mots comme autant d’écueils sur la page. Par le jeu subtil des hachures poursuivant les lignes d’ombre, ils forment une sorte de soubassement au texte de Claudine Bohi.

Entre le froid et le chaud, une expulsion de froid et cette chaleur lointaine / qu’on a oubliée, il s’agit pour celle qui écrit d’entendre un souffle dans les mots, cet écho à jamais sans fondparler s’épuise / achoppe sur lui-même. Comme une longue inspiration avant l’apnée, ce livre, par sa brièveté et son économie de langue, invite le lecteur à toucher ce qui se dérobe et parle à bas bruit : ainsi l’amour / vient là / dans ce qui fut lâché / avant même d’être tenu, avant de reprendre souffle dans la trouée. Sans doute, écrit-elle en contrepoint sur la dernière page, on ne saisit pas l’énigme de l’existence car vivre c’est ça / une course / un galop impossible / inachevé inachevable.

 

Alain Fabre-Catalan

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