Le flotoir, Florence Trocmé, juin 2015, Alexandre Hollan Je suis ce que je vois

le 10 juin 2015 – 17h16

À peine ouvert encore ce livre prometteur, notes et réflexions au fil du temps sur la peinture, le dessin, la lumière.

Reprise de trois recueils de notes publiés précédemment au Temps qu’il fait avec ajout de notes plus récentes.

Une transposition 

J’ai commencé un beau livre de notes sur la peinture et le dessin (mais en fait des notes sur bien d’autres choses) d’Alexandre Hollan.

Je suis tentée de transposer, le mot est approprié, certains de ses propos sur voir, regarder en entendre, écouter. Pour mieux voir ou entendre certaines de ses assertions, pour les élargir à mon projet autour de l’écoute.

Résonance (A. Hollan) 

Alexandre Hollan dont je reçois aujourd’hui même un autre livre, cette fois avec James Sacré, une publication de Fario, Un Désir d’arbres dans les mots.

« Voir [entendre], c’est aussi reconnaître le moment où une perception résonne dans le corps. » (Je suis ce que je vois, p. 17)

Et cette question, est-ce que je travaille sur l’écoute ou sur l’entendre ? Curieux qu’il n’y ait pas de mot pour le fait d’entendre. Voir et regarder / entendre et écouter. J’entends le vent ce soir. Puis je l’écoute. Je passe d’une perception plus ou moins distraite à l’attention. Je peux ne pas entendre ce qui est. Je ne fais même que ne pas entendre, dans l’océan de bruits qui m’entourent. Tu n’as pas entendu, dit-on souvent, voire t’entends, t’a pas entendu ? !!! Entends ! : rare . Ecoute ! : bien plus fréquent.
Attention, patience et souplesse (A. Hollan)

Regarder [écouter] avec attention, avec patience et souplesse, pour réinventer, pour retrouver quelque chose. Regarder n’est pas rien, c’est un travail « à l’envers » : se détacher du concept, des formulations, de l’envie de s’exprimer. » (p. 18)
Laisser le regard s’élargir (A. Hollan) 

« Laisser le regard s’élargir. Ne pas s’arrêter sur un détail. Ramener le regard perdu dans le monde. Loucher, brouiller le regard pour qu’il se libère des formes qui le captent. »

→ c’est infiniment plus difficile à faire avec les oreilles ! Peut-être plus encore pour une oreille formée (un peu) musicalement, habituée à entendre les différentes voix dans la musique.

→ Toujours cette idée que nous sommes formatés, étroitement, par nos acquisitions et nos réflexes conditionnés. Indispensables à notre survie, rendus encore plus cruciaux du fait du mode de vie contemporain, à l’écart forcé de la nature, de ses rythmes, de ses lois. Mais ces réflexes nous donnent une lecture, une sorte de digest et empêchent le contact avec les choses, les êtres, le monde, avec la réalité. Ils forment écran (importance grandissante de tous les écrans dans nos vies). L’artiste souvent cherche à les déjouer, à retrouver une forme d’innocence, l’étonnement de l’enfance. Il faut tenter de dé-savoir, désapprendre. Michaux, bras cassé, redécouvre des pans de réalité occulté pour Michaux, bras actif.

→ cette corneille que j’ai crue mouette, la mer en plein Paris. Le réchauffement climatique déjoue les pré (-vus, -entendus, -jugés, -visibles).

Arriver à ce point où « quand l’attention est assez vibrante pour résister aux images et à leur mouvement, alors elle sent peu à peu la grandeur silencieuse, la lenteur puissante d’une réalité invisible à laquelle elle s’accorde avec reconnaissance… » (p. 25)

→ Oui, résister aux images pré-formatées, aux nominations, aux analyses menant aux interprétations. Il faudrait voir et entendre ce familier comme s’il nous était totalement étranger. Expérience que l’on fait parfois à l’étranger : du familier qui n’est pas le même familier, étrangement. Des rues, des voitures, des autobus mais subtilement autres, qui nous font douter. Fermer les yeux et entendre les bruits presque familiers, mais légèrement autres. Là-bas ou ici.
La vision lente

Cette très intéressante notion, déjà évoquée par A. Hollan. « Au début, elle n’est pas là… elle n’est pas ici, dans le regard, elle est loin derrière ce que je regarde… elle, la vision lente. Derrière le mur de mon regard. Je dessine, j’efface… je regarde, j’efface… je dis, j’efface… et lentement la lenteur s’approche : lenteur du regard, lenteur du dessin… L’espace s’approche et dépose sa première empreinte… Poids de l’espace, poids de rien, poids du rien… (8.83, p. 27)

→ laisser la lenteur faire son travail. Laisse venir, disait Bashung dans une de ses plus belles chansons… Ne pas hâter la pousse des plantes ou la croissance des poussins. Ni celle des œuvres qui n’ont pas à se plier aux lois du marché mais à leur nécessité propre.
Effacer (Alexandre Hollan) 

« Effacer l’image, le près et le lointain, effacer l’élan, effacer le vide et le plein, effacer le mouvement, effacer l’idée… effacer l’inquiétude… et l’espace apparaît. »  (1982, p. 27)

→ tenter d’expérimenter chaque paramètre. Notamment l’élan, ce qui nous déporte. Tenter l’œil neuf, vierge d’images, tenter l’oreille neuve, vierge de tout le « vocabulaire » sonore.

« L’art nous travaille dans la profondeur. Etre sensible à son action est un renoncement à ce que nous croyons être, voir, comprendre, sentir. Aimer l’inconnu, aimer ce qui n’a pas de forme, qui n’est pas encore né mais qui existe […] Comment aimer l’inconnu ? En le gardant, en veillant, en patientant. »
Mon premier public 

« je crois que je suis mon premier public. J’ai en moi des mondes qui ont besoin d’impressions, des mondes aveugles qui veulent tâter un arbre, être réchauffés par la lumière, respirer. Ils sont si lourds, ces mondes, si sombres, si profonds… mais ils sont aussi des juges justes et impitoyables. Ils ont besoin d’expériences vraies. »

→ il faudrait pouvoir mobiliser les ressources de ces mondes pour bien appréhender les œuvres avec ce critère essentiel : reposent-elle sur une expérience vraie ou bien ne sont-elles qu’habile mimétisme ?

* * *

le 11 juin 2015 – 19h32
Désorientation
Alexandre Hollan, si je comprends bien ce qu’il écrit, recherche une sorte de désapprentissage de la lecture que nous faisons de l’espace. Il travaille essentiellement et de façon frappante à partir des arbres, quelques arbres singuliers, un chêne-vert, un olivier, qu’il dessine ou peint inlassablement, un peu à la manière d’un Nicolas Pesquès se confrontant sans relâche à la Face Nord de Juliau.

Ce processus-là peut être rapproché d’une expérience involontaire et très déstabilisante : un sentiment de désorientation qui peut nous saisir dans certaines conditions. Il est ainsi pour moi, qui suis plutôt bien « orientée », très perturbant de réfléchir, dans le métro, au sens de la rame et à ce que cela implique pour les sorties à certaines stations. Je suis obligée de faire une projection compliquée, de me mettre quasi en situation, physiquement, pour déduire la place des sorties, en tête ou en queue de rame. Cette perturbation fut un jour si violente qu’un bref instant toute la réalité a vacillé, au point que dans cette station plus que familière, en un éclair, je n’ai plus su où j’étais. Je n’ai jamais oublié cette impression et j’ai souvent pensé que les malades d’Alzheimer doivent être, au début, sujets à de telles déchirures dans leur perception de l’espace-temps.

Je réfléchis aussi à notre perception. Si je ne me trompe pas, ce que l’œil voit, l’œil seul, appareil récepteur, c’est une image, une simple image plate. Or nous percevons l’espace en principe en trois dimensions, nous avons conscience, dans une certaine mesure, des distances, des volumes, des saillies et des retraits. Il semblerait que tout cela nous l’ayons appris dans notre développement cognitif, par l’expérience. Il me semble que ce que décrit Hollan, c’est l’expérience d’un retour à une perception brute, non construite immédiatement par la conscience et par l’éducation.

* * *

Lenteur et spirale (A. Hollan)

C’est vraiment passionnant de suivre ainsi la réflexion d’un peintre sur ses perceptions ! Il me semble que tout plasticien devrait lire ce livre. On songe souvent à Cézanne, à Matisse, à Bonnard, à Van Gogh en lisant ces propos.

« La nature n’arrête pas de tourner, de tourbillonner autour d’axes qui se déplacent. Le regard fasciné se noue autour des carrefours et reprend la danse – une valse à plusieurs temps… Rapidité frémissante dans une lenteur majestueuse. » (p. 52, avec toujours donc cette idée de lenteur qui me paraît centrale, même si je la trouve encore bien mystérieuse.)
Cette lenteur qui traverse les murs (A. Hollan)

Dans une superbe lettre à Y.B., très vraisemblablement Yves Bonnefoy, A. Hollan écrit : « Le regard – mon guide – trouve sa vie dans ce monde frémissant où tout vibre, se transforme, change, se déplace. […] Il me semble que les moments qui permettent de voir deviennent de plus en plus rares, et pour créer les conditions de cette intensité intérieure, le mieux me parait ce face à face actif où je laisse l’image extérieure s’exprimer. J’essaie de la voir. Par là j’entre dans son mouvement, ses contradictions, ses réactions. Je suis frappé par le plaisir des affirmations provisoires (par exemple des noirs de plus en plus sauvages dans le dessin, des rapports contrastés ou des ruptures dans la couleur). Ces exaltations superficielles ont une vie courte mais de leur deuil naît cette lenteur qui bouge dans l’espace, qui traverse les murs. » (p. 55)
Lumière et couleur (A. Hollan)

« Chercher un rapport à partir d’une donnée de couleurs : me concentrer, non sur la perception optique mais sur la lumière, en regardant les couleurs : la couleur manquante commence à vibrer dans le corps. » (p. 74)

Deux notions récurrentes ici, que l’on retrouve donc dans maintes notes quel que soit l’angle d’attaque : la vibration et sa répercussion dans le corps. Ce n’est pas une pensée abstraite de la couleur, des rapports ligne/plan, mais une expérience très concrète, une mise en présence des phénomènes, le corps totalement impliqué dans cette expérience qui n’aurait pas lieu sans lui.

C’est une expérience du regard, et en cela elle concerne autant l’écrivain que le peintre.

Hollan ajoute ainsi : « Faire durer une vibration colorée, c’est laisser s’installer une vibration dans le corps. C’est un effort physique. » (p. 75)

 

Vibration
La vibration des données élémentaires, la lumière, le son, tous deux essentiels pour moi, tous deux phénomènes vibratoires. Et le corps comme instrument sensible, capable d’entrer en sympathie avec ces ondes.
Je continue à « transposer » (couleur et son ici)
Pourquoi intime ? (A. Hollan)

« Une des joies les plus intimes est la perception de la lumière dans la matière. » (p. 75)

Joie, oui, mais intime pourquoi ? Où se loge-t-elle ? Induit-elle des impressions de fusion, d’appartenance, d’inclusion ?

→ Ces lumières rasantes de fin d’hiver, au moment du déclin de l’après-midi et cet embrasement des couleurs dans l’appartement, notamment s’il y a, sur la table, un bouquet de tulipes ou de pivoines.
Une leçon pour l’écriture ? (A. Hollan)

« Quand la lumière de la profondeur veut échapper – un peu fière d’être jaune ou verte – elle vide la peinture de ses couleurs. Cette couleur « enthousiaste » qui se prend pour la lumière est comme un mot, une expression, une idée qui prennent forme et qui se complaisent dans cette forme. La sobriété n’ignore pas ce mouvement d’énergie, ne le fuit pas mais garde sa force pour un approfondissement, par une vision plus équilibrée. » (18.5.92, p. 76)
Une vie silencieuse 

Que je suis en accord avec Hollan qui préfère le terme vie silencieuse, à la manière allemande ou anglais, Stilleben, silent life, au terme français de nature morte ! : « L’intense frémissement de la vie. Tout se rapproche infiniment, tout se concentre, diminue. Sentiment nocturne. » p. 76)

* * *
le 18 juin 2015 – 07h05

Vibration de la couleur (A. Hollan)  


« J’ai l’impression que la vibration de la couleur, qui est très rapide, rejoint la respiration de la matière, laquelle est presque inanimée. De leur union naît cette vibration lente, si lente qu’on ne peut pas la percevoir sans l’aide d’une tranquillité intérieure. »

Une autre leçon d’écriture ? (A. Hollan) 


Travail du peintre qui regarde l’arbre, travail qui pourrait être celui d l’écrivain, aux prises avec l’informe qui tente la venue au jour : « Frémir dans le regard, laisser les brisures se faire, pomper la lumière, la faire venir… Ne pas regarder les détails, laisser couleur la grandeur, se confondre avec le noir. Passive activité. Supporter les problèmes, les incompatibilités. Courir vers les détails pour les neutraliser, les ramasser. Garder une dureté dans la souplesse, une douceur dans la dureté. Et voir, à travers mes attitudes, l’invisible instant. » (p. 93) Et savoir que « La présence arrive avec le temps. Le dessin à la longue la fait venir. » (Je suis ce que je vois, p. 110)

* * *

Je suis le non-savoir (A. Hollan) 


Je recopie l’ensemble de ce paragraphe qui me parait important et très emblématique de l’approche du peintre et dessinateur Hollan :

« Être avec soi-même. Être avec moi-même. M’arrêter, me retourner. Effacer le monde lointain. Accepter le proche. L’espace. Le vide dans la tête. Le temps du rien.  
Les choses souffrent à cause de ce silence. Les dessins inachevés gémissent. Qu’ils gémissent et qu’ils se tranquillisent… 
 »Le spécialiste », aussi, le grand organisateur, lâche difficilement ses projets et sa peur de ne pas les réaliser. Il est fatigué et un peu de repos lui ferait du bien.  
Je suis avec lui. Je suis le non-savoir, lui, le metteur en forme. Je ne sais pas, il sait. Je cherche, je doute, questionne. Et ces doutes, ces remises en question pour le moment restent sans réponses. La raison ou les autres facteurs extérieurs ne comptent presque pas. 
Cette relation intérieure est difficile à maintenir. Pourquoi est-ce que je veux déjà partir, dessiner ? D’où vient cette impatience ? Et la joie calme de résister. Joie de sentir l’énergie vitale, de l’économiser ou de la laisser suivre son chemin… (14.9.02, in Je suis ce que je vois, p. 140)

Spirale (Alexandre Hollan) 

« Autour de l’élan que le regard trace, laisser s’étaler la spirale ».

→ je ne le reproduirai pas ici, mais dans mon carnet, un petit croquis. La visée, rectiligne, rigide (?) de l’élan contenu dans le regard et autour de cette ligne, l’enroulement de la spirale.

* * *

le 22 juin 2015 – 7h13

L’école des buissons (Alexandre Hollan) 


« Apprendre. Aller à « l’école des buissons » tous les jours. Commencer par le presque rien : deux petites branches qui bougent dans le grand inconnu. Un grain de compréhension recueilli par un peu d’attention. » (Je suis ce que je vois, note du 10.09.09, p. 182)

→ la leçon de Celibidache aussi, quand il a compris qu’il avait fait fausse route dans son approche de la musique. Tout reprendre mais dans de tout petits gestes, sur un tout petit empan. Parfois l’envergure et l’histoire personnelles (je pense à mon travail au piano) ne permettront pas d’aller beaucoup plus loin, mais il y a là déjà tout un gisement de « grains de compréhension ». Commencer par le presque rien dans le presque rien quotidien qui finit par faire un nettement plus que rien !

Le trait, le vers 


Hollan écrit : « Le trait transforme la vie venant du visible en sensation ». Hypothèse risquée ici (j’emprunte cette formulation à Michèle Finck !) : N’est-ce pas ce que fait parfois cet autre « trait » qu’est un vers dans un poème ?

Le trait de l’enfant (A. Hollan) 


Magnifique remarque d’Hollan : « Le trait de l’enfant est libre. Le corps dans lequel il apparaît est encore vierge. Le corps de l’âme, le corps psychique n’existent pas encore.

→ J’ai hésité à accorder exister avec les deux sujets. Le corps de l’âme existerait alors dès les premières sensations, in utero. Le corps psychique en effet n’apparaîtrait que plus tard (puberté ?).

Le trait encore (A. Hollan) 


« Le trait conducteur de la vie, de la force vitale. Même en écrivant, le mouvement qui anime le trait vit, il change selon les états pour traverser le contenu des mots. Cette vie traduit d’une part l’inconnu, l’animation secrète de la perception et, d’autre part les conditions qui la limitent. Ces conditions sont les miennes. Ma force, mon attention, mes capacités de sentir, et ma faiblesse, mon inattention, mes résistances et autres incapacités. » (p. 186)

→ de nouveau la tentation de remplacer trait par ligne, ou vers.

→ dans l’écriture manuscrite aussi, dit Hollan. Quelle perte alors que celle de l’écriture manuscrite !  Si sensible, je le constate les rares fois où je la pratique, à l’état psychique et intérieur. Un véritable sismographe, que de facto on ne consulte plus. Si j’écrivais à la main ces mots, sur une feuille, au lieu de les taper, qu’apprendrais-je ? Sans doute beaucoup. Peut-être même et y compris sur mon état neurologique (je pense que des troubles neurologiques doivent se manifester très tôt dans de micro-troubles de l’écriture).

→ quant à la mise en regard des capacités et des incapacités, soigneusement listées ici par le peintre, elle me parle ! Force (ou énergie, dirait Antoine Emaz), attention (si essentielle, si difficile à maintenir), capacités de sentir (au pluriel, il faut le noter) versus faiblesse, inattention et surtout résistances (ne jamais les sous-estimer, ces dernières, elles jouent un rôle considérable).

Sur le souffle (A. Hollan) 


« Sans le souffle, le trait n’a pas de force. (Le souffle n’est pas un effort pulmonaire, bien sûr, mais une attention du corps.) (p. 189)

Sur l’échec (A. Hollan) 

« La recherche lourde, lente, limitée, maintenue dans une direction est nécessaire pour arriver au bout d’une impasse, pour arriver jusqu’à l’échec. C’est l’échec qui peut la transformer. »

→ Ce que les Shadocks disent à leur manière (devise qui est sur mon bureau !) ! « En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on de chances que ça marche. »

Sur la durée (A. Hollan) 


[je suis presque sûre qu’Alexandre Hollan, d’une manière ou d’une autre, pratique une forme de méditation. Ne serait-ce que « devant le motif ».]

« Besoin de durée. Tout change, se fait, se défait. Dans ces mouvements un besoin apparaît. Besoin de s’arrêter, besoin de comprendre. Arrêter le temps, retenir quelque chose, le sauver de la disparition. Ce « quelque chose » est une perception plus fine dans un monde plus lourd. Voir la vie dans la forme. Voir dans ce mouvement de vie plusieurs niveaux, allant des changements rythmiques, des recommencements successifs (travail sur les signes) jusqu’à l’expérience de l’espace. […] L’alternance de ces deux périodes – activité / passivité, éveil / sommeil – indique une autre durée. Dans cette durée, maintenir la vie. Rappeler ce qui disparaît, se transforme, perd sa vie, meurt ou demande un effort de la pensée. » (p. 200)

* * *

Trois chemins (A. Hollan) 


« Dans cette relation avec la part invisible de la réalité, je reconnais trois chemins : celui de la vitesse, qui crée le mouvement ; celui de la lenteur, qui crée la profondeur ; et celui du rythme, une alternance entre forme et espace. » (p. 206)

Et cela aussi, avec toujours la tentation de transposer cette note dans le domaine de l’oreille, de l’écoute : « Le regard a besoin d’éléments à relier. Trouver un accord fugitif, pour rester. Pour commencer à contempler. »

Mais la lucidité aussi : « Les lois de ce monde m’amènent vers un inconnu proche, dans les zones du corps que l’espace investit. Mais l’observation lâche difficilement, elle ne connaît pas la danse de la nature. » (213)

→ toujours cette quête chez Hollan. Déjouer les innombrables éléments qui s’interposent entre soi et la réalité, du fait de tous les formatages, personnels et historiques.

Ce thème de la vibration 


De plus en plus prégnant. Mais avec cette visée aussi de rester le plus loin possible de toutes les théories fumeuses style new age ! De rester près de la perception.

Concernant la musique, je reprends une définition que je trouve au début du manuel L’Écriture musicale d’Olivier Miquel : « La musique est l’art d’utiliser la vibration physique des sons en vue de susciter la vibration psychique chez l’individu » (Tome 1, page 10), 
et chez Hollan : « La vibration apparaît comme une alternance entre concentration et dissolution, entre plein et vide. » (p. 230)

Cette idée d’un battement, d’une oscillation entre deux pôles. Entre vie et mort aussi.

« Résonner, reproduire une vibration, la prolonger : vibrer. »

De la pensée (A. Hollan) 


« Le fil de ma pensée. Le laisser s’allonger. Il cherche à rejoindre une expérience : il cherche à comprendre. » (p. 248)

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