Michel Ménaché – Michel Dunand : J’ai jardiné les plus beaux volcans

Michel Dunand cultive une poésie minimaliste, mais il la déploie à l’échelle du monde. Poète, il ne s’inscrit pas dans une mouvance pas plus qu’il ne défend une posture : « Je ne revendique aucune étiquette, hormis celle de voyageur, de pèlerin, d’amoureux. » Il va son chemin et partout des fantômes se rappellent à lui, guident ses pas, ravivent son imagination, réveillent sa mémoire, aiguisent sa méditation existentielle. J’ai jardiné les plus beaux volcans constitue la première partie de son dernier ouvrage. La seconde s’intitule Portraits de famille avec du rouge. Deux séquences reproduites à l’état de manuscrit sous emboîtage, à la croisée des lieux et des arts.

Les volcans rêvés ou virtuels surgissent à chaque escale. A Chicago, s’il visite le quartier natal d’Hemingway, c’est pour le rejoindre à Paris, Barcelone, Madrid… Chaque station est l’occasion d’un hommage discret. Ici, à Calder qui a su préserver en lui l’enfance, privilège d’artiste, ailleurs à Basquiat, Steinbeck, Burroughs, Kerouac ou Ginsberg : « J’ai beaucoup semé. / Des points d’interrogation surtout. » De Frida Khalo, l’autoportrait avec Staline renvoie à l’auteur l’ironie des renversements de l’Histoire et le constat amer des illusions perdues : « Staline / ou le père / idéal. // Les saints ont parfois du sang sur les mains. » Le questionnement elliptique, grave, n’exclut pas l’humour. Du sommet du Corcovado, clin d’œil mystique du géant de béton : « Jésus-Christ m’accueille en héros. » Violence et misère constituent aussi à Rio le décor tragique de la cité du feu : « Le sang / repeint / sans fin / la forêt / de tôle / usée. » A Mexico et Guernavaca, c’est Malcom Lowry et d’autres figures de la poésie américaine qui se dressent devant le poète saisi par le doute et l’autodérision : « j’ai jardiné bien des volcans. / Mais tout à coup, / là, devant vous, / mes chers enfants, / vieux fous, / j’hésite un peu, / je l’avoue. // Je me connais. / Je crois me connaître. » Au Chili, les demeures de Neruda le happent : « L’amour ? / Un sacré métier. » Au Nicaragua, c’est dans l’ombre de Ruben Dario qu’il voudrait percer le secret de toute poésie : « Qu’est-ce qu’un vers ? / Un univers ? / Qu’est-ce qui se passe, au juste, au cœur des mots, dans l’intervalle éblouissant qui les relie. »

Portraits de famille avec du rouge revisite musées et bibliothèques. Van Gogh à Amsterdam, Magritte à Bruxelles, Zweig à Vienne, Giacometti à Genève, etc. Du côté des steppes, une statue de milliers de pages s’impose : « Tolstoï le magnifique. / On lit l’œuvre sur le visage. / On lit le visage avec l’œuvre. / On ne peut les séparer. » Séraphine à Senlis respire dans ses toiles : « Tous les bouquets sont des autoportraits. » D’un passage à Turin, quatre vers brefs restituent la mémoire de Pavese, sa quête d’absolu dénuement : « Je veux bâtir / un petit ciel / sous le pommier / du singulier… »

En sa Maison de la Poésie d’Annecy, Michel Dunand vit avec les poètes. Et il habite le monde en poète tout comme la poésie l’habite depuis ses plus jeunes années. Sa devise tient en quatre mots : « Lire avec le corps. » Avec le corps, il lit le monde et les œuvres électives qui l’aident à être au monde.

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