Rodolfo ALONSO, Entre les dents

 

Il n’a guère plus de vingt ans lorsqu’en 1958 paraît son premier recueil Entre les dents. Rodolfo Alonso est aujourd’hui considéré comme l’une des plus grandes voix poétiques d’Amérique latine. Poète, essayiste et critique il est aussi traducteur de Baudelaire, Artaud, Pessoa, Char ou Breton.

Traduits de l’espagnol (d’Argentine) par Jacques Ancet, les poèmes sont accompagnés par les dessins de Sylvie Deparis. Rhizomes, radicelles ou fils traversent les pages dans un minimalisme semblant faire écho à la brièveté des vers et des poèmes.

Écris sur trois années de 1956 à 1958, les poèmes d’Entre les dents sont courts. Ils surgissent parfois dans l’éclair de vers d’un mot seul. Ces poèmes aux vers souvent elliptiques dévoilent aux lecteurs des perceptions ténues et sensibles saisies au spectacle du monde. La poésie qui s’y décline est en quête de mystères intérieurs. Elle prend acte du monde et semble offrir aux lecteurs des horizons multiples. La brièveté de la forme, comme leur poétique est constante dans le livre.

La poésie importe-t-elle plus que la vie où elle recherche toutes beautés, les ombres, les lumières ou les peines ? Et les mots, valent-ils plus que le sang qui bat dans les veines humaines ?  sont des questions qui ont surgi au cours de ma lecture. Mais faut-il opposer la poésie à la vie, les mots aux sensations où plutôt célébrer leur alliance ? Les mots ici s’accrochent la réalité du monde. Et la métaphore use de son pouvoir pour approcher les rives du réel, dépasser le cercle des illusions et dire autrement le cœur qui palpite dans le corps. La poésie, au sas de ses filtres, ces mots éprouvés qui passent entre les dents. Elle nous rappelle aux silencieux secrets qui demeurent dans l’être et qui sourdent ici par la voix du poème.

Hervé MARTIN, 4 juillet 2017

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