« Questions aux arbres d’ici »

18 août 2016 § Poster un commentaire

 

L’exposition Alexandre Hollan au musée de Lodève (jusqu’au 6 novembre 2016) connaît un franc succès tant auprès d’un public qui découvre le peintre qu’auprès de ceux qui suivent son parcours avec ferveur.

Nous rappelons ici le rendez-vous du mardi 27 septembre, à 18h30, au musée pour une soirée spéciale en présence de l’artiste :

  • visite guidée de l’exposition par Alexandre Hollan ;
  • lecture par Danièle Faugeras d’extraits de son ouvrage paru en 2015 dans la collection PO&PSY a parte, Je suis ce que je vois – notes sur la peinture et le dessin ;
  • échanges avec l’artiste.

Pour ceux qui souhaiteraient se préparer à cet événement, nous avons le plaisir de reproduire ici un large extrait de la préface du catalogue de l’exposition, due à Yves Michaud :

« Alexandre Hollan présente une exposition de travaux sur papier et sur toile sous le titre « Questions aux arbres d’ici ».
Ici, c’est le haut Languedoc et l’exposition a lieu au musée de Lodève. On identifie sans difficulté les arbres « d’ici » comme thème de l’exposition – ce que Hollan montre et a voulu montrer. Telle est l’intention avérée.
Cette intention se prolonge, d’autre part, dans une conception précise et réfléchie par l’artiste lui-même de la composition et du parcours de cette exposition : il n’a pas confié à un « curator » le soin de choisir et disposer sa production – il a fait ses choix et la met en scène lui-même. Ce qui implique un message supplémentaire, élargissant encore celui du choix des œuvres.
Qui connaît l’œuvre de Hollan sait par ailleurs la place que tiennent depuis quasiment toujours les arbres dans son inspiration – aux côtés d’un autre versant de son œuvre que sont des « natures mortes ». Dire cela, c’est, d’une autre manière encore, aller au-delà de l’intention – du côté d’une manière de donner cohérence à des intentions – du côté de ce qui s’appelle un style. Un style artistique, c’est en effet un éventail plus ou moins large et plus ou moins ouvert, mais en tout cas cohérent, d’intentions suivies et répétées et qui se manifestent dans les œuvres qu’on qualifie comme « du même style ».
Il faut maintenant dire quelque chose de la manière dont Hollan travaille – ce qui nous met aussi sur le chemin de l’expression. C’est ici que la posture de l’artiste entre en jeu – ce qu’il y a en plus du visible. En un double sens. D’abord comme posture réelle, c’est-à-dire comme attitude physique dans le travail, ensuite comme posture décrite et commentée aussi bien par Hollan que par ses critiques et ceux qui ont écrit sur son œuvre. En ce sens « développé » ou « étendu » la posture enveloppe plus que des éléments physiques, elle signifie une manière d’être de l’artiste et même une manière « d’être au monde ». Cette distinction entre réalité et description peut sembler questionnable. En bonne logique en effet, la posture réelle est celle qui est décrite par les textes qui en parlent.
En insistant pourtant sur cette distinction, je veux souligner le fait que la description de la posture artistique par les écrivains amis de Hollan ou par Hollan lui-même prend le pas sur sa réalité physique, la déborde, l’augmente et la rend dense. En philosophie on parle parfois (le terme est malheureusement assez laid) d’épaisseur d’une notion pour signifier cette sédimentation d’idées qui la « charge » et l’enrichit.
Pour ce qui est de la réalité des gestes, de la posture physique, elle est simple. Pas plus compliquée en tout cas que celle de Cézanne revenant sans cesse sur le motif de la Sainte-Victoire ou celle de Monet dans son atelier-bateau. Alexandre Hollan part à la rencontre d’arbres qu’il a choisis, qu’il a un jour remarqués, dont le caractère particulier l’a fait les choisir. Il s’installe devant eux dans une attitude définie, toujours la même, lui assis « à la japonaise », en contrebas du « modèle » et dessinant ou peignant sur un pupitre légèrement plus élevé que lui les impressions successives que lui donne l’arbre retenu. Cette posture en contre-plongée a une durée temporelle, longue, parfois même très longue, celle du jour voire de la suite des jours pendant lesquels Hollan revient sur le motif. Disons que Hollan se met et reste à l’écoute de l’arbre, jusqu’à ce que les sensations s’enchaînent et prennent une vérité, leur vérité, dans le dessin et ses états. Je précise que cette posture n’est pas récente : Hollan en a fait choix il y a bien longtemps et les voitures-ateliers qui l’ont emmené depuis des décennies aux quatre coins de l’Europe, à la rencontre d’innombrables paysages et auprès d’une foule d’arbres sont pour lui comme le bateau de Monet…
Maintenant, cette posture que je viens de très sommairement décrire fait l’objet d’une reprise littéraire et poétique aussi bien dans les termes de Hollan que dans ceux de ses amis commentateurs. Le discours poétique ou critique cherche à en saisir les moments et les tonalités, la sublime, l’élève et la transforme en posture existentielle et même métaphysique. Ajoutons, pour boucler la boucle, que dans la construction de l’exposition et de son parcours, Hollan s’efforce de suggérer quelque chose de cette posture à la fois physique et métaphysique.
Je m’interdis de reprendre à mon tour ces développements et enrichissements, qui ont été produits par de bien meilleurs écrivains que moi et valent par eux-mêmes. Ce qui m’intéresse en revanche ici, c’est de mesurer à quel point ces « élaborations » sont indispensables pour que nous puissions voir les dessins et peintures comme « expressifs ». Il en va d’ailleurs strictement de même pour Cézanne dans ses échanges avec Joachim Gasquet ou Émile Bernard, ou pour Monet à travers ce qu’en rapportent Gustave Geffroy ou Clemenceau. Sans le mode d’emploi postural donné dans ces échanges, élaborations, réflexions, sans ces « légendes », nous ne verrions que des images et nous n’accéderions pas à la portée expressive des peintures de Cézanne ou de Monet – et ici de Hollan. Le regardeur serait réduit aux ressources d’un regard nu, au mieux enrichi par le sentiment qu’il a (ou n’a pas) lui-même pour les arbres et la nature.
Avec ce que je viens de dire, j’ai déjà abordé le thème de l’expressivité, mais il me faut maintenant chercher à expliquer la manière complexe dont elle fonctionne. La perception de l’expression va d’abord dépendre d’effets de contexte – les effets de contexte de l’histoire de l’art. À supposer qu’il ne sache rien de l’état d’esprit et de l’attitude corporelle dans lequel Hollan peint ces arbres, le regardeur – aussi peu cultivé soit-il – dispose quand même (et forcément) de références venues du travail d’autres artistes – références plus ou moins riches et subtiles selon son degré de culture – parfois même absence de référence et, si c’est le cas, on aura alors affaire à un aveuglement lui aussi significatif. Ces références peuvent faire partie du registre des formes auxquelles l’artiste pense, venir de son propre bagage intellectuel et émotionnel, mais il n’y a nulle nécessité à cela. Le regardeur voit d’abord avec ses yeux et sa culture » à lui ». Le Lorrain, Poussin, Cozens, Turner existent, que Hollan les évoque explicitement ou que nous ne puissions nous empêcher de les voir comme fond de ses propres œuvres. À vrai dire, mon opinion est que chez Hollan ces sortes de référence sont en fait moins visuelles qu’intellectuelles et mentales. Je veux dire par là qu’elles ne passent pas par des ressemblances d’images mais plutôt par une communauté de posture et de méditation. En d’autres termes, les arbres de Hollan ont plus en commun avec les bouteilles de Morandi ou les tremblements colorés de Bram Van Velde, avec des natures mortes ou des peintures abstraites peintes dans un certain état d’esprit qu’avec le dessin français classique, plus à voir avec une manière d’être présent à la nature, au paysage, aux arbres et plus encore à la peinture pour les peindre qu’avec des ressemblances d’images.
Les choses sont cependant encore plus compliquées. Nous ne pouvons pas dire en effet que la présence de Hollan, sa concentration sur un mode de vision, son attitude vis-à-vis du visible « se voient » immédiatement et directement dans le dessin ou le tableau grâce à quelques traits qui seraient comme des étiquettes indiquant « attention ! Expression ».
Nous ne pouvons pas dire non plus que nous percevons que tout cela est présent dans ses dessins et peintures uniquement parce qu’on nous le dit de manière convaincante et autorisée dans les préfaces d’expositions. Il faut que nous ayons des suggestions, des indices, qui nous mettent sur le chemin.
Parmi ces suggestions, il y a évidemment celles tenant aux parentés reconnues et revendiquées dont je viens de parler : Morandi, Bram van Velde, Le Lorrain. Le fait que nous sachions que c’est dans ce registre qu’il faut voir ces peintures et dessins donne en quelque sorte la tonalité et la modalité premières de notre perception.
Il y a aussi des indications plus physiques, quoique ténues et discrètes, de ce qui est exprimé : la série et la répétition, y compris dans la répétition ternaire des dessins, qui marquent un approfondissement mais aussi une gradation vers une forme qui se précise et se dérobe indéfiniment tout en se laissant approcher, la répétition des formats qui dit l’insistance de perception et de présence, le passage au fil des dessins d’un même arbre de quelques traits dispersés à des surfaces de plus en plus construites et complexes ou, au contraire, à une forme diffuse et nuageuse qui fait de l’arbre un paysage à lui tout seul. On notera que dans tout cela, je n’ai fait état d’aucune expression subjective d’un individu qui s’appellerait Hollan et qui montrerait ce qu’il ressent selon une grammaire expressive des sentiments (le geste, la vigueur, le corps performant).
Il n’y a pas plus une expression sentimentale selon des codes établis depuis qu’ont été explorées toutes les variétés et possibilités de « l’expressionnisme ».
Ni subjectivité ni sentimentalisme donc. Plutôt l’expression d’une présence au monde, aux choses, à ces étonnantes créatures vivantes que sont les arbres : vivants et immobiles, sans âge et pourtant ayant vécu, exposés à toutes les atteintes et s’en défendant sans cette ressource inestimable qu’est la possibilité de fuir.
En cela, Alexandre Hollan pratique une forme d’expression calme et retenue, qui vise à donner « le sentiment des choses ». Ce sentiment est à mi-chemin, à l’interface, entre l’image de la chose et l’émotion qu’elle produit dans l’artiste, et donc échappe au secret du monde privé comme à l’objectivité de « ce qui est là ».
L’exposition s’appelle « Questions aux arbres d »ici » mais elle pourrait s’appeler avec autant de justesse « Réponses des arbres d’ici » puisque aux questions de l’être humain, les dessins et peintures apportent en même temps leur réponse : la présence miraculeuse et pourtant si banale du visible.

Yves Michaud
10 janvier 2016

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Le clap d’Abbas Kiarostami

18 août 2016 § Poster un commentaire

 

De son récent voyage en solitaire en Iran – qu’il « s’est pris directement en plein cœur », dit-il – Franck Merger, un de « nos » traducteurs de Des milliers d’arbres solitaires, d’Abbas Kiarostami, ainsi que du Sa’di de Kiarostami (en cours), nous a rapporté ce petit cadeau :

Musée du cinéma iranien 5

Il s’agit du clap que Kiarostami a utilisé lors du tournage de son film Au travers des oliviers (plus qu’un outil de travail, quasiment un personnage du film…).

Photo prise au musée du cinéma iranien de Téhéran.

Merci Franck !

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Sète 2016

18 août 2016 § Poster un commentaire

présentation de PO&PSY par Michel Baglin

Présentation PO&PSY sur le podium du Marché au livres, juste en face du stand : Marie-Cécile Fauvin, traductrice du grec, Garous Abdolmalekian, poète iranien qui prêta amicalement sa voix pour un hommage à Kiarostami, Danièle Faugeras et Michel Baglin, animateur.

lecture à deux voix de Secondes, de Yannis Ritsos.

lecture à deux voix de Secondes, de Yannis Ritsos.

Sur la stand, entretien avec Amir Or, poète israelien et Michel Eckart-Ellial, traducteur en vue d'un prochain recueil...

Sur le stand, entretien avec Amir Or, poète israélien et Michel Eckhard Elial, traducteur, en vue d’un prochain recueil…

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Jacques Ancet était poète invité du festival. À notre demande, il a bien voulu retranscrire la conclusion de son intervention dans la séquence « La poésie, parole de paix », où il dialoguait avec le poète israélien Amir Or, le jeudi 28 juillet :

 » Écrire, c’est d’abord faire le vide. Pour que quelque chose d’autre que moi puisse apparaître : c’est laisser parler l’inconnu. C’est, dans le tohu-bohu de la planète, stopper le monde. C’est, un instant limité mais sans mesure, créer la paix dans le temps suspendu du poème. En ce sens, la poésie est une parole de paix. Parce qu’en même temps, elle est une parole de guerre. « Dans la poésie c’est toujours la guerre », disait Mandelstam. Guerre contre tous les langages qui nous asservissent : langage routinier, solidifié de chaque jour, langage décervelant des média, langage destructeur des barbaries, langues de bois de tous poils et même, peut-être, guerre contre la poésie, la poésie-poésie, cette poétisation du poème qui fait tout ce qu’il peut pour ressembler à un poème et qui disparaît et s’annule dans l’image qu’il se fait de lui-même. Oui, dans la poésie c’est la paix parce que c’est toujours la guerre. »

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Bientôt Sète…

14 juillet 2016 § Poster un commentaire

PO&PSY sera à Sète, place du Pouffre (ou de la Mairie),

sur le Marché des éditeurs

du festival Voix Vives de méditerranée en méditerranée

http://www.voixvivesmediterranee.com/

du samedi 23 au samedi 30 juillet 2016

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Jacques ANCET est parmi les poètes invités.

Nous présenterons ses livres : Portrait d’une ombre et Les Travaux de l’infime,

ainsi que les 31 ouvrages du catalogue des 3 collections et leurs tirages de tête.

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Vous pourrez  voir lire Jacques ANCET :

samedi 23  à 15h, dans la séquence « de voix en voix » (place du Pouffre).

samedi 23 à 20h, dans « lecture et signes » (rue des Trois Journées).

dimanche 24  à 16h, dans « un poète et son traducteur » (impasse Bouillonnet).

lundi 25  à 16h, dans « voix croisées » (cour du lycée Paul Valéry).

lundi 25 à 22h, dans « lecture à la chandelle » (rue Rapide).

mardi 26 à 21h30, dans le cadre de la lecture collective « Nous aimons la vie plus que vous n’aimez la mort » (bas du jardin du Château d’eau).

mercredi 27 à 16h, dans les « joutes poétiques ».

mercredi 27 à 19h,  dans « le livre d’artiste » (parvis du lycée Paul Valéry).

jeudi 28 à 10h, dans « lecture croissants » (terrasse du bar du plateau).

jeudi 28 à 17h , dans « la poésie, parole de paix » (parvis de l’église St Louis).

vendredi 29 à 12h : table ronde « La traduction de la poésie » (place du Pouffre).

vendredi 29 à 16h, dans « musique et poésie a capriccio » (rue Gambetta).

samedi 30 à 18h, dans « Pleins feux sur… », Terrasse du théâtre de poche (Grande rue Haute).

Jacques ANCET dédicacera ses livres à la fin de ses lectures et chaque soir à 17h sur le stand, au marché des éditeurs.

*

Nous vous donnons également rendez-vous

mardi 26 juillet à 11h,

sur le podium du marché du livre, place du Pouffre

pour la séquence « Être éditeur en poésie« , présentée par Michel BAGLIN.

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URGENCE POÉSIE 2,  LODÈVE, DU 7 au 10 JUILLET 2016

 

Quelques photos :

 

Le CLAP et son cèdre tutélaire qui abrita les lectures du soir

Le CLAP et son cèdre tutélaire qui abrita les lectures du soir

 

La "grotte des éditeurs"

La « grotte des éditeurs »

DSCN5989

l'art de la signalétique

l’art de la signalétique

Marie le temps d'un clic (sur plus de 50h d'enregistrement...)

Marie le temps d’un clic (sur plus de 50h d’enregistrement…)

 

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LE VENT L’A EMPORTÉ…

5 juillet 2016 § Poster un commentaire

affiche A3 - kiarostami

5 juillet 2016

je voulais planter une fleur

il y avait la fleur

il y avait moi

il n’y avait pas de terre

*

je voulais planter une fleur

il avait de la terre

il y avait moi

il n’y avait pas de fleur

*

un jour pas si lointain

il y aura la fleur

il y aura de la terre

il n’y aura pas moi

* * *

« Oui… la nouvelle était courte et amère, trop amère… Notre cher « mehrban » Kiarostami est décédé aujourd’hui à Paris…
 Il ne goûtera plus les cerises de l’été prochain… »

C’est ainsi qu’Amin Kamranzadeh (qui travaille, avec Franck Merger, à une version française du recueil Saadi / Kiarostami, à paraître prochainement dans po&psy) nous apprenait, tôt ce matin, qu’Abbas Kiarostami nous avait quittés.

* * *

Christian Saint Paul, qui anime l’émission hebdomadaire Les poètes sur Radio Occitania, communique :

Abbas KIAROSTAMI vient de disparaître.

Nous avions consacré une émission à l’auteur des poèmes  « des milliers d’arbres solitaires » publiés aux éditions érès Po&Psy,  le jeudi 27 novembre 2014.

Vous pouvez écouter cette émission toujours sur notre site en cliquant sur :

http://les-poetes.fr/son/son%20emision/2014/141127.wma

* * *

Et Danièle Faugeras, invitée d’Urgence poésie Lodève, se propose de rendre hommage à ce grand artiste et poète, qui a enchanté le public de la dernière édition (2014) des Voix de la Méditerrannée (dont il fut le grand invité à l’occasion de la parution par nos soins de son œuvre poétique complète : Des milliers d’arbres solitaires.)

 

un obscur poète

dans un hameau perdu

a décrété cette année

année de la poésie

*

les étalagistes

étalaient des poèmes

*

le vent

a dérobé

un hémistiche

sur le fil d’étendage du voisin

*

les amoureux indigents

dans l’obscurité de la nuit

hors de la vue des patrouilles

ont diffusé des tracts de poésie

*

etc.

* * *

Souvenir 1 (sans photo) :

Intervention de po&psy à l’École Supérieure de Langues Modernes pour Traducteurs et Interprètes de l’université de Trieste – vendredi 16 avril 2011 – avec la participation de Pascale Janot directrice de collection et enseignante à l’université de Trieste, Riccardo Zipoli, photographe, traducteur de l’édition italienne des poèmes d’Abbas Kiarostami, Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser, traducteurs de Havres, (po&psy 2010), Danièle Faugeras, directrice de collection et poète, Marie-Françoise Sacrispeyre, éditrice érès, les étudiants et professeurs du SSLMIT.

 

Thème :

Rencontres autour de l’œuvre du poète, cinéaste et photographe Abbas Kiarostami ; à partir de poèmes et de l’analyse du visionnement du film Le vent nous emportera.

 

Bribes :

« Si derrière tout réalisateur européen on peut voir un peintre, derrière un réalisateur persan, on trouve un poète ou même un conteur. La poésie représente pour nous l’essence de l’art traditionnel. » (AK)

*

« La poésie est une création de l’esprit à laquelle on peut donner vie dans les conditions les plus simples et dans les circonstances les plus élémentaires. Il s’agit d’un récit qui a pour unique acteur le poète et qui ne demande aucun instrument ou support. Pour photographier, comme on sait, il faut un appareil photo et des conditions de lumière particulières. Écrire de vers consiste au contraire à combiner les mots à l’intérieur de l’esprit dans la plus totale indépendance et immédiateté. » (AK)

*

« Un bon spectateur sait lire dans le marc de café : il y trouve des formes et peut faire marcher son imagination. À partir de là, il peut même créer sa propre histoire. Il est le roi… » (AK)

*

« Il m’arrive de penser : comment faire un film où je ne dirais rien ? Si des images peuvent donner une telle force à l’autre pour les interpréter et tirer un sens que je ne soupçonnais pas, alors il vaut mieux ne rien dire et laisser le spectateur tout imaginer. Quand on raconte une histoire, on ne raconte qu’une histoire et chaque spectateur, avec sa propre capacité d’imagination, entend une histoire. Mais quand on ne dit rien, c’est comme si on disait une multitude de choses. » (AK)

*

« Pourquoi la lecture d’un poème excite-t-elle notre imagination et nous invite-t-elle à participer à son achèvement ? Les poèmes sont sans doute créés pour atteindre une unité malgré leur inachèvement. Quand mon imagination s’y mêle, le poème devient le mien. Le poème ne raconte jamais une histoire, il donne une série d’images. Si j’ai une représentation de ces images dans ma mémoire, si j’en possède les codes, je peux accéder à son mystère. L’incompréhension fait partie de l’essence de la poésie. » (AK)

*

« En montrant trop on ne montre plus rien, c’est pourquoi le spectateur est démuni en quittant la salle. On s’est habitué à comprendre en interrogeant. Dès qu’on s’interroge, on a l’impression de ne pas avoir compris. Alors qu’on peut reconnaître au son, on peut apprécier à travers une ombre. À travers une fenêtre, nous pouvons deviner la vie d’une famille. Notre seule force est d’avoir cette fenêtre. Tout spectateur dispose du même imaginaire. Nous devons croire à l’intelligence du spectateur, qui peut découvrir par lui-même. (…) L’imagination peut aider à voir, à avoir une vision plus ouverte. Ainsi chacun peut avoir une vision différente de celle de l’autre. Par des signes, je peux créer une image pour chaque spectateur : « Devine ! Je te montre des signes, à toi de deviner le reste. » C’est quoi ? C’est le respect que le spectateur se doit quand il se rappelle combien il peut imaginer, combien il peut apprécier à travers son imaginaire. » (AK)

*

« Une image ne représente pas, ne se donne pas en représentation, mais annonce sa présence, invite le spectateur à la découvrir. « (AK)

*

« Dans ses poèmes, Abbas Kiarostami reste enraciné au niveau quotidien et concret des descriptions. Son approche est une approche laïque et terrienne. (…) Son intérêt est pour la vie en soi et pour soi et non pour ce que celle-ci peut représenter. (…) Il se limite, comme dans son cinéma, à présenter en invitant plutôt le spectateur, au moyen de techniques variées et spécifiques, à une réflexion sur ce qui est montré. » (Riccardo Zipoli)

*

Et pour finir…

Transcription de l’avant-dernière scène du film Le vent nous emportera, qui cite un poème de Omar Kayyam jeté au vent, depuis une mobylette traversant un champ de blé, par un médecin de campagne qui vient de visiter une vieille femme :

– (B) Vous disiez , docteur ? Qu’est-ce qu’elle a ?

– (Doc) Elle n’a rien, que la vieillesse et la faiblesse. Ce n’est qu’un tas d’os, et elle ne va pas tellement bien.

– (B) La vieillesse est une mauvaise maladie.

– (Doc) Oui, mais il y a pire que ça. La mort…

– (B) La mort ?

– (Doc) Oui, la mort est le pire. Lorsqu’on ferme les yeux sur ce monde, cette beauté, cette belle nature et l’abondance de Dieu, c’est pour ne plus revenir…

– (B) On dit que l’autre monde est plus beau que celui-ci.

– (Doc) Mais qui est revenu de là-bas pour dire s’il est beau ou non ?

« On me dit qu’elle est belle comme une houri des cieux !

Je me dis, moi, que le jus de la treille vaut mieux.

Préfère le présent à ces bonnes promesses.

C’est de loin qu’un tambour paraît mélodieux. »

* * *

Souvenir 2 (seulement photos)

Lodève, Festival « Voix de la Méditerranée » 2014 : Abbas Kiarostami, grand invité.

Avec la participation d’Ahmad Karimi-Hakkak, spécialiste de littérature persane, et de Massoumeh Lahidji, interprète.

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Abbas Kiarostami avec Massoumeh Lahidji, son interprète

DSCN0297Avec deux des traducteurs de Des milliers d’arbres solitaires, Franck Merger et Niloufar Sadighi.

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Abbas dédicaçant son livre à Alexandre Hollan. Une histoire d’arbres…

DSCN7371

* * *

aujourd’hui

est le fruit d’hier

et demain

le fruit d’aujourd’hui

le fruit de la vie

c’est la mort et la mort

est fructueuse

* * *

(poèmes extraits de « 7 heures moins 7  » (traduits du persan par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser), dans Abbas Kiarostami, Des milliers d’arbres solitaires, po&psy 2014)

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URGENCE POÉSIE LODÈVE

1 juillet 2016 § Poster un commentaire

Pour la deuxième année après le sabordage du Festival VOIX DE LA MÉDITERRANÉE par la municipalité, LA POÉSIE SURVIT À LODÈVE !

PO&PSY participera au programme de lectures ainsi qu’au Marché du livre.

Merci à l’équipe de forcenés qui a permis ce miracle !

VENEZ NOMBREUX !!!

Programme Urgence Poesie 01

L’ÉTÉ S’ANNONCE BIEN…

1 juillet 2016 § Poster un commentaire

 

… avec deux expositions consacrées à Alexandre Hollan :

Questions aux arbres d’ici,

du 18 juin au 6 novembre 2016, au musée de Lodève (34700) : http://www.museedelodeve.fr/expositions/expositions-en-cours/en-cours-alexandre-hollan.html

lecture d’extraits du livre de l’artiste Je suis ce que je vois – Notes sur la peinture et le dessin 1975-2015 par Danièle Faugeras, le 27 septembre. En présence de l’artiste.

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Edmée Delsol et Alexandre Hollan ou la vie intérieure,

du 2 au 31 juillet à la Maison de Brian, Simiane-la-Rotonde (04150)
http://www.lamaisondebrian.fr
Vernissage le samedi 2 juillet à 18h.

Alexandre Hollan est de retour à Simiane. Né en 1933 en Hongrie, en France depuis 1956, il partage son temps entre deux ateliers: Paris et son mazet de l’Hérault, deux recherches : les vies silencieuses et les arbres.
Il y eut longtemps le noir, dévolu à mettre au jour la vie secrète des grands chênes, et la couleur patiente et profonde, naissant des compositions précises de quelques vieux objets. Aujourd’hui, celle-ci ne se cantonne plus dans les ciels et l’obscur des contre-jours, elle est montée dans les arbres, vive et légère, multiple. Elle fait bouger l’espace, elle est conquête, picturalement pure, de la troisième dimension. Alexandre Hollan, c’est d’abord un regard conduit par l’observation, intériorisé. Il rejoint Matisse : « La création commence à la vision. Voir c’est déjà une opération créatrice et qui exige un effort. » Les couleurs invisibles des feuillages étaient bien là, les voici.

Au moment du vernissage (18h30), Danièle Faugeras lira des textes d’Alexandre Hollan.

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Si vous habitez le midi,
si d’aventure (ou de vacances, déjà) vous passez par là…,
deux rendez-vous à ne pas manquer !

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